samedi 21 octobre 2017

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Le bouclier antimissile au menu de la dernière rencontre Bush-Poutine

Marie Jégo et Laurent Zecchini, le Monde

samedi 5 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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Les présidents George Bush et Vladimir Poutine, tous deux en fin de mandat, se sont donné rendez-vous pour un ultime tête-à-tête dans la résidence d’été du chef de l’Etat russe à Sotchi, sur les bords de la mer Noire, samedi 5 et dimanche 6 avril. Cette rencontre, la 28e du genre, apparaît comme celle de la dernière chance pour arrondir les angles de la relation américano-russe, tombée à son plus bas niveau de coopération depuis la fin de la guerre froide.

A Sotchi, les deux chefs d’Etat, soucieux de préparer le terrain pour leurs successeurs, vont tenter de se mettre d’accord sur un ambitieux "cadre stratégique", portant notamment sur le projet américain de défense antimissile en Europe, principale épine au coeur de la relation. Quelques heures suffiront-elles à atténuer les contentieux qui ont surgi ces dernières années entre Washington et Moscou ?

Sur un plan personnel, les deux hommes semblent s’apprécier. "Je l’aime bien", a indiqué récemment George Bush à Kiev en parlant de son homologue russe. Malgré cette aménité de façade et la fréquence de leurs rencontres, la plupart des grands dossiers internationaux - statut du Kosovo, élargissement de l’OTAN, installation du bouclier antimissile en Europe - sont en souffrance. Surtout, le système de contrôle des armements conventionnels et nucléaires n’a jamais été aussi relâché.

Fondamental, l’accord sur la réduction des armes nucléaires stratégiques (Start), qui vient à échéance le 5 décembre 2009, est suspendu dans le vide, aucun autre accord n’ayant été prévu pour lui succéder. En 2002, les Etats-Unis sont sortis unilatéralement du traité antimissile ABM de 1972. En décembre 2007, la Russie a suspendu sa participation au traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE).

Au crépuscule de leurs mandats, les deux présidents semblent soudain vouloir mettre des bouchées doubles. Le ton plutôt modéré adopté par le président russe, vendredi, à Bucarest, où il a participé au Conseil OTAN-Russie en marge du sommet de l’Alliance atlantique, est considéré comme de bon augure. Il ne préjuge cependant pas du résultat final de la rencontre de Sotchi.

Le thème de l’installation du bouclier antimissile américain en Europe sera central. Les Américains estiment avoir multiplié les "mesures de confiance" pour faire admettre à Moscou que leur projet de défense antimissile n’est pas dirigé contre la Russie. Parmi celles-ci, la possibilité offerte aux Russes de contrôler les sites polonais et tchèque, et surtout le fait que les dix missiles-intercepteurs américains basés en Pologne ne seront pas "activés" tant que l’Iran (ennemi présumé) n’aura pas testé un missile balistique capable d’atteindre l’Europe.

Sur ce dossier, George Bush peut se prévaloir du soutien de l’ensemble des pays de l’OTAN. A Bucarest, les membres de l’Alliance ont reconnu la "contribution essentielle" apportée par le bouclier à la "protection des alliés". Cette approbation et l’accord intervenu avec Prague pour le stationnement d’un radar antimissile en République tchèque constituent le résultat le plus positif de ce sommet pour M. Bush. Il atténue la déconvenue représentée par l’émergence nouvelle au sein de l’OTAN d’un groupe de pays européens hostiles au projet phare de la diplomatie américaine, visant à accorder le statut de membre du "plan d’action pour l’adhésion" (MAP) à l’Ukraine et à la Géorgie, pour rejoindre l’OTAN.

La Russie, qui y est hostile, s’est félicitée que sa voix ait été entendue par les Européens, mais ce résultat, salué à Moscou comme un succès de M. Poutine, est superficiel. Sur le fond, le communiqué final de Bucarest précise noir sur blanc que l’Ukraine et la Géorgie "deviendraient membres de l’OTAN". Le MAP représente pour ces deux pays "la prochaine étape sur la voie qui les mènera directement à l’adhésion", est-il indiqué.

Il suffira de l’approbation des ministres des affaires étrangères de l’Alliance, en décembre 2008, pour que celle-ci soit acceptée. Ce simple retard de dix mois explique que les autorités de Kiev et Tbilissi ont fait contre mauvaise fortune bon coeur, et sans doute aussi le fait que M. Poutine a choisi un registre bien éloigné du ton menaçant qu’il avait adopté en février 2007, à Munich, pour souligner que la guerre froide avait "laissé derrière elle des munitions qui n’ont pas encore explosé". Rien de tel à Bucarest : "Aucun des grands acteurs, l’Europe, les Etats-Unis ou la Russie, ne veut retourner au passé", a souligné le chef du Kremlin, ajoutant : "Nous n’avons pas de différences idéologiques."


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