jeudi 19 octobre 2017

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La censure d’internet déjà au coeur des JO de Pékin

Philippe Astor, ZDNet France

mercredi 9 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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Le gouvernement chinois va-t-il persister à censurer internet avant et pendant les Jeux Olympiques en bloquant l’accès, notamment aux sites web des médias internationaux ? C’est ce qui se profile, malgré un petit geste envers Wikipedia.

Les observations des inspecteurs du Comité international olympique (CIO) aux autorités chinoises, selon lesquelles toute censure d’internet pendant les Jeux Olympiques de Pékin aurait un effet désastreux sur l’image du pays hôte, ont vraisemblablement un peu porté leurs fruits.

Décidé à faire bonne figure, le gouvernement chinois a en effet ouvert l’accès sur son territoire à la version en anglais de l’encyclopédie collaborative Wikipedia. Plusieurs internautes ont confirmé cette information, à Shangai et à Pékin. Mais l’accès aux articles consacrés à des sujets sensibles, comme le Tibet, Tiananmen ou Taïwan, reste irrémédiablement bloqué.

Plusieurs médias internationaux s’inquiètent actuellement du traitement réservé à leurs sites Web en Chine, alors qu’ils sont appelés à couvrir les Jeux. Si la BBC a obtenu que l’accès au sien soit rouvert, le diffuseur public CBC-Radio Canada se plaignait à l’ambassadeur de Chine au Canada, en fin de semaine dernière, que son site en anglais soit inaccessible depuis janvier 2008, et son site en français depuis bientôt six mois. C’est dire les velléités de contrôle de l’information du gouvernement chinois pendant toute la phase qui va précéder l’événement.

Sur le plan intérieur, la contre-information s’organise. Le site Sina.com, l’un des plus gros portails internet en Chine, a lancé une pétition en ligne qui dénonce la façon « biaisée » dont les médias occidentaux traitent les événements du Tibet. « Des médias occidentaux comme CNN ou la BBC ont répandu des informations fausses ou dénaturées sur les événements », explique le texte diffusé, qui a recueilli 1,19 million de signatures de protestation.

Riposte intérieure avec la presse nationale

Au cours des dernières semaines, le gouvernement chinois a également organisé la risposte de la presse nationale, dont il tient fermement les rennes : elle continue d’affirmer que les « émeutiers » tibétains ont tué 18 civils innocents et deux policiers ; et à nier que la répression a fait entre 135 et 140 victimes, comme l’affirme le gouvernement tibétain en exil. Toute autre version des événements est soit censurée, soit discréditée.

L’affaire relance un débat sur la censure d’internet en Chine, qui a déjà mis dans l’embarras de gros acteurs comme Yahoo ou Google. Yahoo, en particulier, tente de redorrer son blason de défenseur des droits de l’homme et de la liberté d’expression, par l’intermédiaire de son P-DG et cofondateur Jerry Yang. Il vient de créer un fonds de soutien aux dissidents chinois emprisonnés pour avoir exprimé leur opposition au gouvernement chinois sur internet et à leurs familles.

Si les montants alloués à cette noble cause n’ont pas été révélés, l’adminstration en a été confiée à Harry Wu, dissident chinois notoire, qui a passé 19 ans dans les camps de travail et réside désormais aux États-Unis.

Yahoo et Google tentent de se racheter une conduite

Au mois de novembre dernier, le Congrès américain avait reproché à Yahoo d’avoir fourni aux autorités chinoises des informations qui ont permis de confondre le journaliste chinois Shi Tao, accusé d’avoir diffusé des documents confidentiels sur internet, et condamné à dix ans d’emprisonnement. Un arrangement à l’amiable a finalement été conclu avec sa famille et celle d’un autre dissident impliqué dans l’affaire, Wang Xiaoning.

Yahoo se veut le chef de file d’un mouvement qui vise à définir des règles de comportement pour les compagnies de télécommunication globales traitant avec des gouvernements autoritaires sur les marchés émergents. De son côté, Google, lors de la prochaine assemblée annuelle de ses actionnaires, va soumettre à leur examen deux propositions visant à faire adopter par la compagnie des règles éthiques en matière de défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Mais bien que d’une brûlante actualité, auront-elles des chances d’être adoptées.


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