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Soldat sous haute surveillance

Michel Alberganti, le Monde

dimanche 20 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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Lors des opérations militaires de demain, robots et drones seront pilotés à distance. En sera-t-il de même des soldats ? Qu’ils soient d’une armée de terre, de mer ou de l’air, ceux-ci seront en tout cas reliés aux systèmes d’information des états-majors. Afin que soient évalués en temps réel leur état de santé - pour intervenir plus efficacement en cas de maladie ou de blessure - mais aussi leur combativité.

A quel moment l’état psychologique et physique des troupes devient-il si bas qu’il les mette en danger ? Aux Etats-Unis, pour mieux juger ce "potentiel opérationnel", la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa) mène le projet de "cognition augmentée", AugCog, qui vise à analyser la façon dont le cerveau intègre les informations auditives, visuelles ou tactiles qui lui sont adressées. Modalités de la mission, météo, armes, positions amies et ennemies : ce flot de données, en effet, a de quoi saturer le cerveau de militaires déjà soumis à la tension d’une opération sur le terrain. Les capteurs d’activité cérébrale développés par Honeywell fourniront une image de leurs capacités à assimiler sans dommage l’ensemble de ces informations. L’état-major évaluera ainsi les surcharges d’attention auxquelles sont soumises ses troupes, ainsi que leur niveau de stress. En fonction de ce dernier, il pourra décider de retirer certains combattants du champ de bataille avant qu’ils ne soient véritablement hors d’état de poursuivre leur mission.

Le soldat de demain ne sera donc plus livré à lui-même. Truffé de capteurs, il restera en contact très étroit avec les centres de commandement. La priorité, bien sûr, ira à la surveillance de son état de santé. En cas de blessure, un premier diagnostic à distance déterminera, par exemple, les moyens d’évacuation les plus adéquats. Le tout dans un contexte complexe, où il s’agira à la fois de limiter les pertes humaines, de faire face à des menaces plus diverses (nucléaire, radiologique, biologique et chimique, ou NRBC), et de développer des solutions techniques adaptées à une tendance à la réduction des moyens de l’armée.

Aux Etats-Unis, les recherches s’attachent à mettre au point une panoplie d’équipements qui ne seront plus portés par les soldats, mais incorporés. D’abord destiné aux astronautes, puis étendu aux applications militaires, le système LifeGuard développé par la NASA comprend ainsi un appareil électronique portable de collecte des informations provenant de plusieurs capteurs. Des électrodes disposées sur le torse, le thorax et même le bout du doigt mesurent l’électrocardiogramme, la respiration, l’activité physique, la température du corps, la tension et le taux d’oxygène dans le sang. Les paramètres peuvent être enregistrés pendant huit heures ou transmis par radio à un ordinateur à distance. Ainsi équipé, le soldat se trouve presque aussi bien suivi que sur un lit d’hôpital... alors qu’il se trouve en pleine action.

En France, un objectif du même ordre a conduit, pour la première fois, le service de santé des armées (SSA) à collaborer avec la délégation générale pour l’armement (DGA), dans le cadre du "plan prospectif à trente ans" qui définit les grandes orientations de l’équipement de la défense française. "Beaucoup de solutions existent déjà, mais elles sont isolées. Il s’agit de donner une cohérence à l’ensemble", note Arnaud de la Lance, ingénieur civil à la DGA. Pour cela, pas question de développer des systèmes uniquement dédiés aux applications militaires et, de ce fait, fort coûteuses. Désormais, l’armée traque ses solutions dans le civil, où elle peut s’appuyer sur bon nombre d’entreprises françaises de haute technologie. Un atout important dès lors que la défense nationale est concernée et qu’un objectif est fixé dans le temps. "Il faut que cela fonctionne d’ici à 2015", précise Arnaud de la Lance.

Pour respecter ce délai relativement court, l’armée ne part pas d’une feuille blanche. Déjà, de nombreux capteurs existent. Le suivi à distance du diabète ou du rythme cardiaque est en cours d’expérimentation ; les mesures du taux d’hydratation ou de la température corporelle viendront les compléter. L’entreprise française Cyberfab, associée à l’australienne Alive Technologies, propose déjà une batterie de capteurs : électrocardiogramme, mesure de la tension et du taux d’oxygène, spiromètre (volume d’air aspiré), glucomètre. La mesure par infrarouge de la température au tympan pourrait y être ajoutée. Les données sont transmises par liaison radio Bluetooth à un téléphone mobile qui les communique, éventuellement par satellite. Michael Setton, fondateur et directeur technique de Cyberfab, insiste sur l’apport des développements récents de la téléphonie mobile associée aux systèmes de localisation. "Il y a quatre ans, il n’existait pas d’appareils incluant un GPS permettant une telle précision", note-t-il.

Qu’en sera-t-il, enfin, des opérations mobilisant un grand nombre de personnes, dont l’identification et la localisation précise sur le terrain constituent un enjeu déterminant ? Une fois encore, ce sont des recherches menées dans le civil, pour d’autres professions (sauveteurs, pompiers), qui amélioreront demain le contrôle des troupes.

La société d’ingénierie Mercury Technologie travaille ainsi sur un nouveau badge, aux performances inédites : implantés - par exemple - dans le casque des pompiers, il permettra de les localiser en trois dimensions au cours de leurs interventions. "Nous visons une portée de 150 mètres, soit un triplement de la performance actuelle et un fonctionnement pouvant supporter une température de 150 oC", indique son directeur général, Pierre Crego.

D’autres solutions, telles celles proposées par Verichip (Etats-Unis) ou par Trovan (Grande-Bretagne), tous deux fabricants de puces radio (RFID) implantables sous la peau, évitent qu’une personne puisse se faire passer pour une autre. "Mais ces systèmes posent des problèmes éthiques et leur portée est très réduite", souligne-t-il. Pour lui, les applications des badges d’identification accéléreront les procédures de secours, en cas d’accident de la route, entre autres. "Les données concernant les victimes seront collectées automatiquement par les secouristes qui n’auront plus à remplir une fiche par patient", précise-t-il.

Pour Jean-Claude Sarron, médecin principal à la DGA, l’ensemble de ces technologies doit servir une doctrine d’assistance qui tiendra compte des coûts. Les militaires espèrent en effet que ces nouvelles solutions optimiseront l’utilisation des ressources humaines, dont ils prévoient qu’elles se feront de plus en plus rares dans les années à venir. L’échange d’informations entre le théâtre des opérations et le commandement sera d’autant plus précieux que le nombre de médecins militaires sera réduit. Arnaud de la Lance confirme cet objectif d’économie. "Nous cherchons à être en mesure de prodiguer en opération extérieure des soins équivalents à ceux que nous donnerions en métropole, explique-t-il. Mais nous ne pouvons pas déplacer tout le matériel et les hommes nécessaires. C’est la technologie qui palliera ces manques."

FANTASSIN DU FUTUR

- FANTASSIN DU FUTUR

Au-delà de la prise en charge médicale des soldats, la plupart des grands pays développent des programmes pour moderniser l’équipement des fantassins. Objectif : augmenter l’efficacité des combattants grâce aux derniers développements de l’électronique, de l’informatique et des télécommunications.

- PROGRAMME FÉLIN

En France, le programme Félin (fantassin à équipements et liaisons intégrés) est doté d’un budget d’environ 800 millions d’euros. Amorcé en 1986, il doit aboutir à une mise en service en 2009 et 2010. Grâce à lui, 32 000 soldats pourront communiquer sur le champ de bataille, et le commandement connaître l’état et la position précise de ses hommes.


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