lundi 23 octobre 2017

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Drones : du jouet à l’arme fatale

Ilia Kramnik, RIA Novosti

jeudi 24 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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La destruction d’un drone géorgien au-dessus de l’Abkhazie a entraîné une nouvelle poussée de tension dans la région. Pendant que les politiques tentent de remédier à la situation, penchons nous un peu sur le côté technique de la question.

Le drone, ou UAV (Unmanned Air Vehicle), longtemps resté un appareil exotique accessible aux pays les plus riches, devient de plus en plus répandu, notamment grâce aux progrès techniques en la matière. Pour un certain nombre de pays du tiers monde, les drones sont la seule alternative aux avions qui, non contents de coûter très cher à l’achat, nécessitent des pilotes dont le traitement et la formation sont eux-aussi un gouffre, sans parler de l’infrastructure qui leur est nécessaire.

Par rapport aux avions, outre l’absence de pilote et des caractéristiques techniques bien moins performantes, les UAV se démarquent par des dimensions et un coût sensiblement moindres, ainsi que par une remarquable facilité d’entretien. De plus, l’infrastructure terrestre nécessaire à l’activité des drones est loin d’être encombrante, l’appareillage indispensable tient en règle générale dans un ou deux véhicules, ce qui permet une utilisation relativement large même dans des conditions de financement extrêmement réduites, qui excluent la construction et l’entretien d’aérodromes pour avions de combat.

L’absence d’équipage permet l’utilisation des UAV pour remplir des missions à haut risque, en évitant ainsi de s’exposer à la perte de spécialistes aussi qualifiés que le sont les pilotes.

Ce facteur, associé à de nombreux autres, a permis une hausse considérable de la demande de drones, accompagnée d’une augmentation du nombre de pays et d’entreprises les développant. Ce phénomène a évidemment touché en premier lieu les pays les plus avancés sur le plan technologique, Etats-Unis, Japon, Russie, pays d’Europe occidentale, ainsi qu’Israël (c’est d’ailleurs Israël qui produit le modèle d’UAV Hermes, dont un exemplaire a été perdu par l’armée de l’air géorgienne le 21 avril dernier).

A la suite des Etats cités ci-dessus, des pays de second ordre en la matière, comme la Chine, l’Inde, l’Iran, l’Afrique du sud et autres, se sont mis à développer leurs propres drones. La majorité de ces appareils sont, en fait, des versions quelque peu agrandies des maquettes volantes construites à l’époque soviétique par les écoliers dans les clubs de pionniers.

Ces machines peuvent le plus souvent être lancées à la main ou grâce à des rampes de lancement extrêmement simples installées sur des véhicules légers, atteindre une vitesse de 100-200 km/h, et emporter jusqu’à quelques kilos de charge utile. En règle générale, on y installe des appareils de reconnaissance, caméras vidéo, goniomètres, dispositifs radios et autres.

De tels appareillages sont capables d’assurer une reconnaissance tactique, en augmentant considérablement les possibilités d’action de n’importe quelles forces terrestres, même peu nombreuses et mal armées.

La classe suivante est composée de machines de dimensions moyennes, qui peuvent peser quelques centaines de kilos, et sont capables de rester en vol pour un temps prolongé. L’UAV Hermes-450 de fabrication israélienne perdu par la Géorgie est à classer dans cette catégorie.

Ce genre de drones convient parfaitement pour des missions de patrouilles prolongées au-dessus de zones de conflit, et leurs appareillages assurent une transmission des informations en temps réel. De plus, l’utilisation de matériaux composites rend les UAV peu repérables par les radars. Ils permettent de résoudre des problèmes relativement complexes, par exemple, la correction en temps réel des tirs d’artillerie longue portée en l’absence de contact visuel, ce qui était auparavant impossible sans s’appuyer sur le facteur humain. Les caractéristiques techniques du Hermes-450 ne laissent aucun doute sur les objectifs de son utilisation. Considérer, comme le font les Géorgiens, ce genre de "jouets" comme pacifiques prête évidemment à rire.

Il existe également une troisième classe de drones, composée d’appareils lourds à destination stratégique, comme par exemple l’américain Global Hawk. De telles machines sont équipées d’appareillages optoélectroniques et de radars extrêmement chers, capables de remplacer efficacement les avions de reconnaissance qui le sont encore plus. Aucune opération militaire ne pourrait aujourd’hui se passer de tels services. La difficulté que rencontrent les radars pour les repérer, alliée à une capacité à rester en vol pendant des dizaines d’heures sans interruption rendent ces appareils véritablement universels.

A cette classe supérieure de drones sont également associés les UAV de frappe, capables d’emporter des armements contrôlés depuis le sol. Ils permettent de régler presque simultanément les deux grands problèmes de ce type de combat, à savoir la découverte de la cible et sa destruction. On peut ainsi lutter contre des objectifs extrêmement mobiles, capables de changer rapidement de position en cas de découverte par un avion de reconnaissance avant que la frappe ne soit effectuée. Cela dit, leur utilisation devrait rester limitée pour longtemps encore, leur puissance de feu étant toujours très loin de celle des avions de combat.

Pendant que les grands pays développent des UAV complexes et de dimensions importantes, les Etats moins grands se dotent activement d’appareils élémentaires, en se préparant aux guerres du nouveau siècle. En Géorgie et en Abkhazie, cela fait bien longtemps que les enfants ne construisent plus de modèles volants. Leurs parents, en revanche, ont conservé cette passion pour les jouets volants. Seulement, à la différence des modèles de leur enfance dont les petits moteurs toussotaient de manière si amusante, ceux-ci sont bien plus chers et, malheureusement, bien plus dangereux.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l’auteur.


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