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Le chef du renseignement allemand admet l’espionnage d’une journaliste mais conserve son poste

Le Monde, avec AFP

vendredi 25 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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Ernst Uhrlau, le patron des services de renseignement extérieur allemand (BND), a réussi à conserver son poste, après avoir été entendu, jeudi 24 avril, par la commission parlementaire chargée de contrôler son activité.

Vendredi 18 avril, M. Uhrlau s’était excusé publiquement auprès d’une journaliste de l’hebdomadaire Spiegel, Susanne Koelbl, pour avoir fait espionner son courriel, entre le 7 juin et le 29 novembre 2006, alors qu’elle était en poste en Afghanistan. Selon le quotidien Die Welt, le BND aurait même installé un "cheval de Troie" informatique dans l’ordinateur d’un ministre afghan afin d’espionner ses échanges avec cette journaliste.

D’AUTRES TÊTES DEVRAIENT TOMBER

Le quotidien explique que M. Uhrlau a été sévèrement réprimandé par les membres de la commission parlementaire, qui lui ont reproché de "n’avoir informé, ni le gouvernement, ni les membres de la commission de la mise sous surveillance de la correspondance de la journaliste" , mais qui ont cependant estimé que cela ne méritait pas pour autant qu’il démissionne. D’autres têtes – celles des exécutants – devraient tomber à la place de la sienne. L’hebdomadaire Der Spiegel a, de son côté, annoncé, jeudi 24 avril, qu’il envisageait de porter plainte "au vu de cette grave violation de la liberté de la presse".

L’avenir d’Ernst Uhrlau à la tête de la BND semblait d’autant plus incertain qu’un autre journaliste allemand a affirmé, jeudi 24 avril, avoir été surveillé par ses services. Ulrich Tilgner, l’ancien correspondant de la chaîne de télévision ZDF à Kaboul, a confié, dans un entretien accordé au quotidien munichois Süddeutsche Zeitung, qu’un diplomate allemand l’avait averti en 2007 qu’il avait été mis sur écoute en raison de ses contacts avec les ravisseurs d’un ingénieur allemand, libéré depuis. Le journaliste a ajouté qu’"il [est]clair que les lois allemandes sont bafouées à l’étranger par des fonctionnaires allemands". Un porte-parole de la BND a toutefois démenti les propos de M. Tilgner.

"CONFIANCE DURABLEMENT ÉBRANLÉE"

Les Allemands, encore hantés par le souvenir des dérives de la Gestapo, sous le régime nazi, et de la Stasi, police secrète de l’Allemagne de l’Est, sont particulièrement sensibles à tout empiètement sur les libertés civiques. L’affaire a suscité des appels à la démission d’Uhrlau de la part de nombreux députés. La commission parlementaire chargée du contrôle du BND s’est aussitôt penchée sur l’affaire. Le responsable CDU-CSU à la commission, Hans-Peter Uhl, a qualifié ces faits d’"insupportables" , sur la chaîne de télévision publique ARD. "Notre confiance dans le BND et dans sa direction est durablement ébranlée", a-t-il ajouté. Dans la foulée, une loi renforçant le contrôle parlementaire sur ce service de renseignement a été annoncée avant l’été.

Ernst Uhrlau, le patron des services de renseignement allemand (BND), en mai 2006. - AFP/MICHAEL KAPPELER


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