mercredi 18 octobre 2017

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Le vice-premier ministre géorgien appelle l’OTAN et l’Europe à utiliser "tous les moyens de pression" sur la Russie

George Baramidze, vice-premier ministre de Géorgie et ministre d’Etat chargé de l’intégration européenne et euro-atlantique, Propos recueillis par Piotr Smolar, le Monde

vendredi 25 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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En visite à Paris, vendredi 25 avril, George Baramidze, vice-premier ministre de Géorgie et ministre d’Etat chargé de l’intégration européenne et euro-atlantique, revient sur la nouvelle escalade entre son pays et la Russie au sujet de la région séparatiste de l’Abkhazie.

Dans quelles circonstances le drone géorgien volant au-dessus de l’Abkhazie a-t-il été détruit, le 20 avril ?

Il s’agit d’un cas flagrant d’agression. Un avion de chasse russe Mig-29 a décollé de la base de Goudauta, en Abkhazie, prétendument fermée mais que Moscou utilise de façon illégale. Nous avons diffusé une photo claire. L’avion a approché notre drone et l’a descendu. Nos radars ont indiqué qu’il était ensuite reparti en Russie.

Il ne s’agit là que d’une autre petite démonstration de ce que les Russes font contre nous. Ils ont déjà bombardé les gorges de Pankissi, il y a quelques années. Ils ont essayé, en août 2007, de détruire des installations de radars près de Tbilissi mais ont raté la cible, comme l’ont confirmé des experts internationaux. Comment réagissez-vous à la décision récente de Moscou de renforcer ses liens avec les autorités de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ?

La décision de développer des relations illégales avec des régions séparatistes signifie clairement que la Russie a commencé la légalisation de l’annexion de facto de nos territoires. Les Russes ont leurs troupes là-bas, qui représentent leurs intérêts et ne sont pas du tout de véritables "forces de maintien de la paix". Ils ont également distribué des passeports russes à 80 % des citoyens vivant en Abkhazie et en Ossétie du Sud et font circuler leur monnaie.

Les soi-disant "autorités locales" ont commencé, avec la connivence et le soutien de Moscou, à reprivatiser les propriétés appartenant aux réfugiés victimes des nettoyages ethniques. Ces nettoyages ont pourtant été reconnus lors des sommets de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) de Budapest, en 1994, de Lisbonne, en 1996, et d’IStanbul, en 1999.

Jugez-vous suffisant le soutien apporté à la Géorgie par les pays de l’OTAN et de l’Union européenne ?

Les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ont condamné cet acte d’agression (contre le drone). Nous sentons un soutien moral, politique, diplomatique. Mais nous voyons aussi qu’il y a une trop forte méconnaissance des opinions publiques en Occident concernant la Géorgie, qui empêche de comprendre pourquoi notre pays est important. C’est par exemple une route de transit pour des ressources énergétiques alternatives. C’est aussi un contributeur aux opérations de sécurité et de paix de l’OTAN. Le public français sait-il que nous avons décidé d’envoyer 200 hommes en Afghanistan aux côtés des soldats français ?

Les pays occidentaux ont aussi du mal à trouver le ton juste face à la Russie...

Personne ne veut de retour à la guerre froide ou une nouvelle confrontation, mais il faut répondre à cette attitude très agressive. Lorsque les Russes s’ouvrent l’appétit, ils vont de plus en plus loin si on ne les arrête pas. L’Ukraine sera sans doute la suivante sur la liste, puis la Moldavie ou les pays de l’Est de l’Europe.

Nous devons donc élaborer une position commune entre les pays de l’OTAN et de l’UE, qui ne peuvent accepter la mise à bas des lois internationales. La Russie a beaucoup d’intérêts en Occident. Il faut utiliser tous les moyens de pression.

Mais comment parvenir à une résolution du conflit abkhaze ?

Nous avons présenté un plan très complet de résolution pacifique, une solution "gagnant-gagnant". Le président Saakachvili a proposé d’accorder le plus large statut d’autonomie possible à l’Abkhazie, ainsi que le poste de vice-président. Nous sommes prêts à introduire des mécanismes de discrimination positive pour protéger les droits de la population abkhaze, en cas de retour des réfugiés, ainsi qu’à créer une zone économique libre dans deux districts et à donner des garanties pour la préservation de l’identité abkhaze, le développement de sa culture. Mais il faut pour cela que soit déployée une force internationale réellement neutre, policière et pas militaire, pour maintenir la paix. Il faut aussi changer le format des négociations. La Russie ne doit pas intervenir comme un prétendu intermédiaire neutre, mais comme un protagoniste.

George Baramidze, vice-premier ministre géorgien, le 22 avril 2008 à Londres. - AP/Kirsty Wigglesworth


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