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Le Brésil souhaite la création d’un Conseil de défense sud-américain

Paulo A. Paranagua, le Monde

vendredi 25 avril 2008, sélectionné par Spyworld

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Après la crise qui a opposé la Colombie à l’Equateur et au Venezuela en mars, le Brésil multiplie ses efforts pour créer un Conseil de défense sud-américain. Marco Aurelio Garcia, conseiller diplomatique du président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, s’en est expliqué à Paris, mardi 22 avril, à l’Institut d’études de sécurité (IES) de l’Union européenne (UE). "Il ne s’agit pas d’une OTAN du Sud", dit-il, mais plutôt d’un organisme de "prévention des conflits", à l’image du Conseil de sécurité des Nations unies. Brasilia vise l’harmonisation des politiques de défense et des complémentarités dans l’industrie d’armement.

L’initiative est diversement accueillie. Ancien vice-ministre chilien de la défense, Gabriel Gaspar Tapia considère "l’idée excellente". "Il était temps", renchérit le lieutenant-colonel uruguayen Alvaro Cabrera, fort de son expérience de "casque bleu" de l’Organisation des Nations unis (ONU) au Congo et en Haïti. Ancienne conseillère du ministère argentin de la défense, Rut Diamint est plus réticente, car "les mécanismes de concertation mis en place par l’Argentine et le Brésil depuis six ans n’ont pas fonctionné".

Au nom d’un "multilatéralisme efficace, capable de faire face aux défis du terrorisme ou du trafic de drogue et d’êtres humains", l’Europe veut établir un partenariat "stratégique" avec le Brésil, souligne Nicolas Pascual de la Puerta, de l’équipe du haut représentant de l’UE, Javier Solana. Cela revient à attribuer à Brasilia le rôle de "général et gendarme" de la région, réplique Rut Diamint.

Tous s’accordent néanmoins à souligner l’existence d’un vide en la matière. "Le Traité interaméricain d’assistance mutuelle (TIAR) et la Junte interaméricaine de défense, basée à Washington, sont inopérants", juge le Colombien Alfredo Rangel, directeur de la fondation Sécurité et démocratie. Mais les divergences latino-américaines ne facilitent guère un accord sur un sujet aussi sensible. "Comment harmoniser l’anti-impérialisme du président vénézuélien Hugo Chavez et l’étroite collaboration du Mexique et de la Colombie avec les Etats-Unis, ou le leadership brésilien et la méfiance qu’il suscite en Argentine ?", demande Alfredo Valladao, directeur de la chaire Mercosur à Sciences Po, organisateur de la rencontre à l’IES.

En outre, les Mexicains rejettent le découplage entre l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud opéré par la diplomatie brésilienne. Francine Jacome, directrice de l’Institut vénézuélien d’études sociales et politiques, n’hésite pas à parler de "désintégration régionale". Ce débat montre cependant que l’Amérique latine revient de loin. "A l’époque de la dictature militaire, la conception brésilienne de défense avait trois cibles : le communisme, l’Argentine et l’ennemi intérieur, rappelle Marco Aurelio Garcia. Aujourd’hui, le communisme est fini, les Argentins sont devenus nos principaux alliés, la gauche est au gouvernement au Brésil et dans la plupart des pays d’Amérique du Sud."


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