vendredi 15 décembre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Le patron de l’espionnage allemand est sur la sellette

Le patron de l’espionnage allemand est sur la sellette

Pierre Bocev, le Figaro

mardi 29 avril 2008, sélectionné par Spyworld

logo

Le service de renseignement extérieur est accusé d’avoir intercepté les courriels d’une journaliste.

La réforme du service de renseignement extérieur de l’Allemagne est en cours. Une nouvelle structure doit entrer en vigueur l’année prochaine, un nouveau siège est en voie de construction à Berlin. Mais la perestroïka n’a pas atteint les têtes au Bundesnachrichtendienst (BND), l’équivalent de la DGSE française, comme en témoigne le dernier en date d’une série de scandales plus ou moins retentissants.

Ernst Uhrlau, le président du BND, est sur la sellette. Pour la première fois depuis sa prise de fonctions fin 2005, sa démission a été ouvertement réclamée. Par une série de députés de l’opposition dont la raison d’être est de demander des têtes, mais aussi par un élu conservateur (CDU), Hans-Peter Uhl. Il a pu éviter son renvoi, mais même la chancelière, Angela Merkel, a fait savoir que sa confiance en lui était « entamée ». Carton jaune donc, avec menace de carton rouge s’il devait y avoir récidive.

L’affaire qui a catapulté une nouvelle fois un service par définition secret à la une des journaux concerne des écoutes en Afghanistan. Les experts du BND avaient introduit un « cheval de Troie » dans l’ordinateur du ministre afghan du Commerce, Amin Farhang, et intercepté son courrier électronique entre juin et novembre 2006.

C’était déjà discutable en soi, dans la mesure où le gouvernement afghan est considéré comme un allié par Berlin et qu’il est truffé d’hommes qui ont longtemps vécu en exil en Allemagne. Il a fallu que Frank-Walter Steinmeier, le chef de la diplomatie allemande, présente ses plates excuses à son homologue afghan. Mais les agents étaient allés bien plus loin, car ces échanges de courriels ministériels concernaient en partie, à l’autre bout, une journaliste de l’hebdomadaire Der Spiegel, Susanne Koelbl. Et là, il s’agissait de toute évidence d’une violation des droits fondamentaux ancrés dans la Constitution allemande.

La chose a d’autant plus ému que le BND avait dû admettre il y a deux ans avoir observé et mis sur écoutes une demi-douzaine de journalistes en Allemagne même, ce qui ne relève en rien de ses compétences. Après la publication d’un rapport d’enquête accablant, Ernst Uhrlau avait assuré que cela ne se reproduirait plus jamais… C’était douze jours avant le premier courriel de Susanne Koelbl intercepté par ses services.

Indépendance bucolique

L’initiative aurait été prise à son insu, ce qui renforce l’impression que le président du BND ne contrôle plus ses troupes. L’ordre avait été donné par un chef de section, et annulé six mois plus tard par son supérieur hiérarchique direct qui a tardé à en informer le président de l’organisation. C’est seulement une lettre anonyme, de toute évidence émanant d’un fonctionnaire du BND, qui a fait éclater la bulle.

Le patron des 6 000 espions est contesté au sein même de son entreprise. Dans sa fonction précédente de superviseur des services secrets à la Chancellerie fédérale, c’est lui qui a été à l’origine de la décision de faire déménager le BND à Berlin. De quoi s’attirer de solides inimitiés auprès d’agents habitués à leur indépendance bucolique loin de la capitale, à Pullach en Bavière. De plus, Ernst Uhrlau est social-démocrate alors que Klaus-Dieter Fritsche, son successeur à la Chancellerie, et donc son superviseur, est de droite. « Il ne faut pas être grand clerc », estime Der Spiegel, « pour voir que dans les mois à venir le service de renseignement extérieur s’occupera plus de lui-même que des défis mondiaux. »


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :