mardi 24 octobre 2017

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Le procès des écoutes se termine sans que tous les mystères soient levés

Franck Johannès, le Monde

jeudi 15 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

Le procès des écoutes de l’Elysée s’est clos, mercredi 14 septembre, après deux semaines de réouverture des débats devant la 16e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, qui, s’ils n’ont pas dissipé tous les mystères, ont d’abord durci les positions. Il s’agissait d’examiner de nouvelles pièces, sur lesquelles le premier ministre avait levé le secret-défense le 17 mars, un mois après la fin des débats : deux annexes du rapport de Paul Bouchet, commandé en 1993 après la publication dans Libération d’une série d’écoutes d’Edwy Plenel, alors journaliste au Monde .

Cliquez ici ! Quatre points restaient en suspens : les responsabilités de Louis Schweitzer, directeur de cabinet de 1984 à 1986, et du premier ministre, Laurent Fabius ; celles du général Pierre Charroy, le commandant du groupement interministériel de contrôle (GIC), qui réalisait les écoutes ; le rôle de Paul Barril, accusé d’avoir livré les transcriptions à la presse ; et le sort procédural du Monde .

Pour le procureur, François Cordier, le rapport Bouchet, qui portait sur une période très courte, du 3 décembre 1985 au 26 février 1986, alors que la cellule a été installée dès 1982 à l’Elysée, n’a finalement "apporté que des confirmations" , notamment sur le traitement informatique des écoutes par la cellule, vivement contesté par le préfet Christian Prouteau et son adjoint le général Esquivié, aujourd’hui dans une position plus délicate.

"INCOMPÉTENCE"

Pour Me Jean-Pierre Mignard, l’un des avocats du Monde , il a en outre prouvé "des sorties, que l’on estime massives" , de documents du GIC hors du contrôle de Matignon. "Nous nous sommes forgés peu à peu la conviction que M. Schweitzer n’était pour rien dans la décision de placer Edwy Plenel sur écoutes" , a indiqué l’avocat, qui "ne demande rien" contre l’ancien directeur de cabinet.

Pour le procureur, au contraire, cela ne change pas grand-chose : "Louis Schweitzer a autorisé des interceptions" et n’a été privé qu’"à la toute fin de la période, d’une partie de son contrôle" . Son "repentir actif" n’y fait rien, et M. Cordier a maintenu sa demande d’une condamnation de six mois d’emprisonnement avec sursis, à la grande fureur des avocats de l’ancien patron de Renault. Me Pierre Haïk a tonné contre "ces réquisitions incohérentes et critiquables" , et reproche au parquet d’avoir "pris le parti de vider de toute sa substance" les annexes du rapport. "Si Louis Schweitzer est trompé lors de la construction des écoutes et contourné lors de leurs transcriptions , s’est étonné Me Philippe Lemaire, quel contrôle pouvait-il exercer ?"

La responsabilité du général Charroy semble du même coup plus lourde. "Soit il ment effrontément , a proposé Me Isabelle Coutant-Peyre, l’avocate du frère de Jean-Edern Hallier, soit il révèle une incompétence grave qui porte atteinte au crédit de toute l’armée." Pour ses avocats, Pierre Charroy n’était qu’un technicien. Me Mario-Pierre Stasi s’est "réservé la tâche la plus simple, et la plus difficile : la plus simple, démontrer que le général Charroy devait être relaxé, la plus difficile, le rendre sympathique au tribunal" .

Il a été plus concis sur le deuxième volet, mais le parquet, de nouveau, s’en est rapporté au tribunal. D’autant que, comme l’a souligné Me Patrick Maisonneuve, l’avocat de Gilles Ménage, "il y a un certain nombre d’absents", dont le cabinet du ministre de la défense, curieusement épargné par l’instruction.

Restait Paul Barril. Le parquet a estimé qu’aucun élément nouveau n’était apparu, et a maintenu sa demande de relaxe. Me Olivier Metzner, pour Pierre-Yves Gilleron, "le petit blond" de la cellule que l’ancien gendarme voulait "carboniser" , a jugé au contraire que le rôle de Paul Barril était éclatant et s’est étonné de "la parfaite collusion" d’Edwy Plenel avec l’ancien capitaine. Il a demandé un supplément d’information pour déclassifier toutes les écoutes de l’ancien gendarme, afin "de ne pas se contenter d’une demi-vérité" .

Me Metzner, puis Me Francis Szpiner, l’avocat de Christian Prouteau, sont revenus sur le désistement du Monde à l’égard de Louis Schweitzer. Me Szpiner a soutenu en droit que "si l’on se désiste contre l’un, on se désiste contre les autres" , ce qui aurait pour conséquence de faire sortir Le Monde d’une procédure dont il est à l’origine. Me Mignard a plaidé le contraire et s’est étonné qu’on sollicite du tribunal "ce mouvement de gymnastique" . "Nous n’aurions plus le choix qu’entre accuser faussement un innocent pour faire condamner les coupables , a assuré l’avocat, ou sauver des coupables pour épargner des innocents."

Me Szpiner a enfin eu le dernier mot et s’est appliqué à piétiner avec entrain Paul Bouchet et son rapport. "Paul Bouchet, c’est du Paty de Clam, dans l’affaire Dreyfus , a attaqué l’avocat. C’est celui qui allait voir les juges en leur disant : "Voilà le bordereau, on ne va pas en discuter en public." Paul Bouchet nous dit : "J’ai vu les écoutes, je n’ai pas le droit d’en parler." J’appelle ça de la forfaiture." Jugement le 9 novembre.


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