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Ouverture du procès de Jovica Stanisic, ex-chef du renseignement de Milosevic

Stéphanie Maupas, le Monde

mercredi 30 avril 2008, sélectionné par Spyworld

Homme de l’ombre, il fut le véritable bras droit du président serbe Slobodan Milosevic dans les guerres menées sur les ruines de la Yougoslavie. L’ex-chef de la police et des services de renseignement de Belgrade, Jovica Stanisic, jugé à La Haye par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), fut, selon l’accusation, "l’éminence grise de l’entreprise criminelle" serbe des années 1990. Accusé de "crimes contre l’humanité" et "crimes de guerre" commis entre 1991 et 1995 en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, son procès s’est ouvert lundi 28 avril. Il est jugé en compagnie de Franko Simatovic, l’ex-chef des Bérets rouges, une unité des forces spéciales de la police serbe.

"La genèse remonte au jour où Milosevic a demandé à Stanisic de mettre en place une force occulte qui ne répondrait pas à la loi mais à Milosevic", assène le procureur, Dermot Groome. Vingt-six camps d’entraînement ont été créés dès 1991 sur les rives de la Drina, frontière entre la Serbie et la Bosnie.

Les Tigres d’Arkan, les Aigles blancs de Vojislav Seselj, les hommes du capitaine Dragan, les Scorpions : tous ces paramilitaires émargeaient au ministère de l’intérieur de Serbie. Au fur et à mesure des conquêtes de territoires par l’armée serbe, ils avançaient et semaient la terreur. Les populations non serbes étaient déportées ou exécutées. Ces hommes de l’"épuration ethnique" étaient sous les ordres de Jovica Stanisic.

"Les auteurs de ces crimes ne sont pas des paramilitaires dévoyés, pas une bande de délinquants, accuse le procureur. Ils font partie d’un groupe bien organisé, bien équipé, de la sécurité d’Etat. Ils avaient tout ce qu’ils voulaient, le permis de nettoyer le terrain des personnes indésirables, le permis de tuer."

Le parquet va présenter, au cours du procès, 106 témoins et des dizaines de pièces à conviction, dont certaines proviennent des archives de Serbie et sont restées à ce jour confidentielles, ainsi que des interceptions de communications téléphoniques entre les hommes-clés des dix années de guerre : le président Slobodan Milosevic, le chef des douanes Mihalj Kertes, l’ex-chef politique bosno-serbe Radovan Karadzic, et Jovica Stanisic, qualifié d’"homme le plus puissant du pays" par un témoin.

L’accusé a refusé, lundi, de se présenter dans le box des accusés. Il tente, depuis quatre ans, d’échapper à ses juges. Selon plusieurs experts médicaux appelés à la barre par le tribunal, le maître espion Stanisic serait devenu "suicidaire", souffrirait de dépression, de calcul rénal et d’une infection intestinale. Refusant de retirer les charges portées contre lui, les juges ont ordonné qu’il puisse suivre son procès depuis la prison, où une liaison vidéo et une ligne téléphonique avec la salle d’audience ont été installées. L’accusé refuse cependant de quitter sa cellule.

Son avocat, Jan-Geert Knoops, a menacé de se retirer, affirmant n’avoir reçu aucune instruction de son client depuis septembre 2007. A cette période, Jovica Stanisic était en Serbie. Transféré à La Haye en juin 2004, il avait été mis en liberté provisoire six mois plus tard. Les juges avaient accepté les garanties déposées par la Serbie, selon lesquelles l’accusé serait placé en résidence surveillée à Belgrade.

Les juges avaient également, selon nos informations, été fortement influencés par deux agents de la CIA américaine, présents à La Haye le jour de leur décision sur la mise en liberté provisoire. Exhibant une lettre officielle évoquant les "services rendus" par l’accusé à la sécurité des Etats-Unis, les agents avaient confié à des interlocuteurs au TPIY que Jovica Stanisic avait contribué, en déployant sa police secrète en Bosnie juste après les accords de paix de Dayton, à ce que l’armée américaine se déploie sans être attaquée.

Quatre ans plus tard, Jovica Stanisic finit par être jugé pour les guerres ex-yougoslaves. Mais, reclus dans sa cellule, l’homme qui entra dans les services de renseignement de la Yougoslavie de Tito en 1975 et en fut le chef dans la Serbie de Milosevic, le détenteur de tant de secrets d’Etat, reste pour l’instant muré dans son silence.


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