mardi 24 octobre 2017

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Un laboratoire militaire américain contesté en Indonésie

Sébastien Blanc, AFP

vendredi 2 mai 2008, sélectionné par Spyworld

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L’ambassade des États-Unis en Indonésie s’escrime à étouffer une polémique suscitée par la présence à Jakarta d’un laboratoire de l’US Navy suspecté de se livrer à des activités secrètes.

L’idée que l’Unité de recherche médicale de la Marine n°2 (NAMRU-2) fasse de l’espionnage « est tout simplement absurde », a déclaré à l’AFP John A. Heffern, chef-adjoint de la mission diplomatique américaine.

« Rien n’est couvert par le secret-défense, tout est totalement transparent », a-t-il assuré. Selon l’ambassade américaine, « le NAMRU-2 est un laboratoire de recherche biomédicale sur les pathologies infectieuses, au bénéfice mutuel des États-Unis, du ministère indonésien de la Santé et de la communauté internationale de santé publique ».

Le laboratoire, qui emploie dix-neuf Américains et plus d’une centaine d’Indonésiens, a beau être installé depuis 1970 à Jakarta, il a subi ces derniers jours une salve d’accusations.

« Pourquoi donc un laboratoire de santé devrait-il être géré par l’armée ? », a interrogé la ministre de la Santé Siti Fadilah Supari.

Le ministre de la Défense, Juwono Sudarsono, s’est lui déclaré hostile, dans des déclarations à l’agence officielle Antara, à prolonger l’immunité diplomatique des chercheurs américains du NAMRU-2.

Washington et Jakarta négocient depuis 2005 une poursuite de la coopération entre le NAMRU-2 et le ministère de la Santé indonésien, mais les discussions sont dans l’impasse.

L’ambassadeur des États-Unis Cameron R. Hume a tenté d’expliquer aux journalistes locaux que l’US Navy avait une longue tradition de recherche sur les maladies tropicales. Les États-Unis, a-t-il insisté, possèdent d’autres laboratoires similaires au Kenya, en Thaïlande, en Égypte et au Pérou. Mais M. Hume a échoué à éteindre les soupçons.

Des responsables indonésiens ont même insinué que le laboratoire préparait une éventuelle guerre bactériologique.

« Il est clair qu’il faut mettre un terme aux activités du NAMRU-2 et fermer ses locaux ici », a dit à l’AFP Mutamimul Ula, un parlementaire du Parti de la justice et de la prospérité (PKS), une formation islamique. Selon lui le laboratoire « est entouré d’une suspicion d’espionnage. Cela est inévitable vu que pour le public il fait partie d’un organisme de défense d’un pays étranger ».

« Nous envisageons de proposer la création d’une commission parlementaire spéciale chargée de clarifier les raisons de la présence du NAMRU en Indonésie », a de son côté annoncé Sidarto Danusubroto, un député du parti PDIP.

Les thèses d’un complot orchestré par Washington trouvent facilement écho en Indonésie, le pays musulman le plus peuplé du monde où l’opinion publique est globalement antiaméricaine.

Dans un ouvrage récent, la ministre Supari avait sous-entendu que les USA pourraient chercher à utiliser le virus H5N1 de la grippe aviaire afin de développer des armes bactériologiques.

« Il s’agit de la chose la plus dingue que j’aie entendue », avait réagi le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, en visite fin février à Jakarta.

L’Indonésie a en tout cas cessé d’envoyer ses échantillons de virus H5N1 au NAMRU-2.

Un garde se tient devant le laboratoire de l’US Navy. - Photo AFP


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