mardi 17 octobre 2017

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Le patron de la CIA donne sa vision des menaces

Jean Guisnel, le Point.fr

mercredi 7 mai 2008, sélectionné par Spyworld

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Les lecteurs s’intéressant au renseignement ne prendront connaissance que s’ils pratiquent l’anglais d’un très long discours du directeur de la CIA, le général d’aviation Michael V. Hayden, tenu le 30 avril à l’université du Kansas. Mis en ligne sur le site de l’agence américaine de renseignements, il pourrait à l’évidence faire l’objet d’une analyse fort longue, mais contentons-nous de relever quelques points-clés. Et surtout trois "tendances" que le général Hayden perçoit pour l’avenir des États-Unis.

Il n’est point besoin d’être grand clerc pour comprendre que, dans son esprit, le mot "tendance" est synonyme de "menace". La première à ses yeux, c’est la "démographie mondiale", dont il estime qu’elle augmentera de 40 % à 45 % d’ici 2050, pour atteindre 9 milliards d’habitants. D’autres le disent, mais le général Hayden pense quant à lui que les populations vont tripler rapidement dans plusieurs pays stratégiques : l’Afghanistan, le Liberia, le Niger, le Congo. D’autres populations doubleront (Éthiopie, Nigeria, Yémen). Et si, dans tous ces pays, "les libertés et les autres besoins fondamentaux (nourriture, logement, éducation, emploi) ne sont pas au rendez-vous, ils pourraient être entraînés dans la violence, les troubles sociaux, l’extrémisme". Et de pronostiquer une accentuation de l’émigration légale ou sauvage vers les pays riches, à la poursuite d’opportunités économiques, de sécurité et de liberté. Citant l’Europe en général et la France en particulier, le patron de la CIA qui semble assez peu adepte, de ce point de vue, du politiquement correct, n’y va pas de main morte sur la démographie du Vieux Continent. Il perçoit explicitement comme une menace les émigrés de pays musulmans et/ou leurs descendants, qui représentent actuellement, dit-il, 3 % de la population européenne, mais dont le taux de fécondité est deux fois supérieur à celui des Européens natifs. Estimant par ailleurs que la Russie va rapidement perdre le quart de sa population, le général Hayden voit dans les évolutions démographiques, "clairement, une contribution à la complexité des menaces sécuritaires concernant les États-Unis".

Seconde tendance : la Chine. Là encore, ce n’est pas neuf. La suprématie qu’elle recherche économiquement et politiquement en Asie, les compétitions qui se poursuivront avec le Japon et l’Inde. Mais Hayden insiste sur l’accroissement de la puissance militaire chinoise, dont la réalité est pourtant contestée par de nombreux experts. À ses yeux, la constitution d’une force de projection militaire chinoise est bien une réalité. Et il estime que la disparition éventuelle du régime communiste ne changerait rien à l’affaire : "La Chine considère une puissance militaire moderne comme un élément essentiel du statut de grande puissance, et la communauté du renseignement pense que tout gouvernement chinois, y compris s’il était plus démocratique, partagerait ces objectifs nationalistes."

Troisième tendance : la relation entre les États-Unis et l’Europe. Hayden souligne que l’Europe est aujourd’hui "presque tout entière libre et en paix", glissant que tel était précisément l’objectif des États-Unis durant la guerre froide. Le problème, dit-il, c’est que les États-Unis et l’Europe affichent un "sérieux désaccord" sur la façon de "confronter le terrorisme". Les États-Unis le perçoivent comme une réalité "globale" qu’il faut aller combattre "où qu’elle se trouve". Et il regrette que peu d’Européens soient d’accord avec cette analyse, qu’ils préfèrent traiter la question au plan intérieur, avec les moyens de la police et de la justice, et qu’ils "aient tendance à ne pas voir le terrorisme comme nous le voyons : un énorme défi international".

Ce discours est américain, pour un public américain, par un espion américain. Mais remarquons une chose : alors que les défis stratégiques sont bien réels, et alors même que la France discute actuellement de l’avenir de sa sécurité collective, quel chef de service de renseignements français a-t-il pris le temps de s’exprimer en public, longuement et dans le détail, sans langue de bois et au risque de heurter une partie de l’opinion publique, sur sa perception des menaces et des moyens d’y faire face ? Chacun connaît la réponse...

Le général d’aviation Michael V. Hayden, directeur de la CIA © Brendan Smialowski / AP / SIPA


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