samedi 16 décembre 2017

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Retour des fusées nucléaires sur la place Rouge

Fabrice Nodé-Langlois, le Figaro

vendredi 9 mai 2008, sélectionné par Spyworld

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Vladimir Poutine, premier ministre investi jeudi par la Douma, a vanté les forces stratégiques à la veille du défilé militaire de la Victoire.

- La fausse sortie de Vladimir Poutine

- Medvedev, troisième président de Russie

La russie montre ses muscles. Pour la première fois depuis la disparition de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide, les missiles nucléaires font leur retour sur la place Rouge, vendredi, pour la grande parade de la Victoire.

Staline avait choisi le 9 mai, et non le 8 comme le reste des Alliés, pour célébrer la fin de ce que les Russes appellent encore « la grande guerre patriotique » et rendre hommage à leurs 32 millions de morts.

Le clou du défilé motorisé et aérien, présidé par le nouveau chef de l’État Dmitri Medvedev, flanqué de son premier ministre Vladimir Poutine, sera le missile Topol. Vecteur dernier cri de la dissuasion nucléaire russe, le Topol-M (alias SS 27) est un monstre de 97 tonnes et 22 mètres de long capable d’emporter des têtes nucléaires à 11 000 km. C’est-à-dire d’atteindre n’importe quel point des États-Unis. La fusée intercontinentale, montée sur camion, n’a pas la vulnérabilité d’un missile immobilisé dans son silo.

Cette exhibition d’armements lourds intervient alors que la tension entre la Russie et la Géorgie est à son comble, des responsables des deux pays ayant déclaré être « proches de la guerre ». Le ministère russe de la Défense a annoncé hier qu’il pourrait envoyer de nouveaux renforts en Abkhazie, la région séparatiste de Géorgie que Moscou soutient. Les autorités abkhazes ont, elles, annoncé avoir abattu jeudi un autre drone géorgien, information aussitôt démentie à Tbilissi.

La Russie ne « menace personne », assurait pourtant en début de semaine Vladimir Poutine, encore président. Le défilé du 9 mai « est une démonstration de notre potentiel croissant en matière de défense (…) Nous sommes en mesure de défendre notre peuple, notre État, nos richesses et nous n’en manquons pas. » Moscou récuse l’image d’une puissance repliée sur elle-même. En témoigne l’approbation, signée hier, des sanctions contre l’Iran qui avaient été votées par les Nations unies au mois de mars.

Remilitarisation des relations internationales

Investi jeudi comme chef du gouvernement par la Douma, Vladimir Poutine n’entend pas faire profil bas sur les sujets militaires. Seuls les députés communistes n’ont pas voté pour l’ex-président qui a été confirmé par 392 voix contre 56. Le parti nationaliste de Vladimir Jirinovski, parfois qualifié d’opposition, a soutenu Vladimir Poutine. Le nouveau chef du gouvernement russe a prononcé un discours de politique générale, fermement campé sur un pupitre, tandis que, derrière lui, le chef de l’État l’écoutait en silence comme un élève sage. Le premier ministre a souligné l’importance des forces stratégiques « piliers de la sécurité nationale ».

« Les Russes ont compris qu’on ne compte que si l’on se fait respecter, commente Isabelle Facon, spécialiste de la défense russe à la Fondation pour la recherche stratégique. La puissance militaire est l’un des moyens de se faire respecter. Et Moscou répond à la remilitarisation des relations internationales imputable aux États-Unis. » Le défilé des Topol, qui fait suite à la reprise des patrouilles de bombardiers stratégiques, n’effacera pas à court terme les études et les signes négatifs sur l’état réel des forces armées russes. Comme par exemple le retour à l’envoyeur de quinze Mig par l’Algérie, en avril. Malgré l’augmentation du budget de la défense (+ 20 % en un an) et des ventes d’armes (7,5 milliards de dollars en 2007), l’encadrement de l’armée russe, surtout des forces conventionnelles, laisse à désirer.

Pendant que le premier ministre Poutine parlait jeudi de revaloriser les soldes des soldats forces stratégiques, le président Medvedev, chef suprême des armées, signait un oukase ordonnant la construction d’appartements d’ici à 2010 pour les vétérans mal logés. Lesquels auront alors, pour les plus jeunes d’entre eux, 80 ans. Un partage des rôles qui semble donner un avant-goût du nouveau tandem aux commandes de la Russie.


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