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La France va réduire ses capacités de projection militaire à l’étranger

Laurent Zecchini, le Monde

samedi 17 mai 2008, sélectionné par Spyworld

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La longue attente des armées touche à sa fin : le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui va fixer les grandes lignes de la politique de défense pour les quinze prochaines années, ainsi que le "contrat opérationnel" demandé aux armées, est en phase de finalisation. Marquant un net changement par rapport à l’exercice précédent de 1994, qui était encore fortement marqué par la guerre froide, le Livre blanc 2008 est influencé par la mondialisation et l’incertitude stratégique.

Il en résulte plusieurs conséquences : une réduction du format des armées et une réévaluation des moyens (il n’est plus besoin de se préparer à repousser les chars de l’ex-pacte de Varsovie), et la définition de nouvelles priorités, comme la nécessité de lutter contre le terrorisme, ce qui suppose notamment de renforcer et de mieux coordonner les capacités du renseignement (un coordinateur du renseignement sera placé auprès du chef de l’Etat), avec un effort particulier sur les satellites d’observation.

HUIT EXEMPLAIRES

Huit exemplaires estampillés "confidentiel défense" du prérapport de la commission du Livre blanc, présidée par Jean-Claude Mallet, sont à la disposition d’un nombre restreint de parlementaires depuis vendredi 16mai. Début juin, un conseil de défense se tiendra à l’Elysée pour entériner la dernière version du texte, qui devrait être adopté en conseil des ministres le 11juin. Le projet sera donc encore amendé, notamment par le chef de l’Etat, après qu’une synthèse des observations des parlementaires aura été transmise à l’Elysée. Ce texte n’est pas à proprement parler un "rapport", comme l’a été le rapport Attali sur la croissance, mais bien la nouvelle doctrine et la stratégie de sécurité de la France.

Cinq grandes fonctions pour la défense et la sécurité nationale sont prévues : la connaissance et l’anticipation, la dissuasion, la protection, la prévention et l’intervention. Outre l’insistance sur le renseignement, la protection est l’aspect le plus novateur. Un contrat opérationnel prévoit que quelque 10 000 soldats seront chargés de faire face à différentes menaces sur le territoire national, qu’il s’agisse du terrorisme, des catastrophes sanitaires, des cyber-attaques et de la menace NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Le texte insiste sur les capacités d’alerte et la mutualisation des moyens étatiques qui devra être envisagée.

Le volet de la sécurité publique et civile va être nettement renforcé, avec, précise-t-on de source officielle, "une capacité d’organiser une résilience efficace du pays". Peu de surprises sont à attendre s’agissant de la dissuasion, de la réduction des forces françaises prépositionnées en Afrique, de la politique spatiale et du retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’Alliance atlantique (la commission du Livre blanc y est favorable), puisque, sur tous ces sujets, le président Sarkozy s’est déjà longuement prononcé.

70 AVIONS CONTRE 100 ACTUELLEMENT

Les armées s’attendent à un effort de réorganisation et de restructuration douloureux, et elles ne seront pas surprises. Ainsi, le contrat opérationnel fixé à l’armée de terre sera de déployer 30 000 hommes à l’extérieur (le chiffre de 50 000 hommes était fixé par le Livre blanc de 1994), auquel s’ajoutera une capacité de 10 000 hommes ayant vocation à intervenir sur le territoire national, ainsi qu’une "réserve" de 5 000 soldats.

Le "contrat" de l’armée de l’air est une capacité de projection de 70 avions de combat (100 actuellement), avec une capacité supplémentaire de 10 avions en alerte. La marine devra pouvoir aligner une vingtaine de frégates de premier rang (l’état-major tablait sur 25), ainsi qu’un groupe aéronaval autour du porte-avions Charles-de-Gaulle.

S’agissant du deuxième porte-avions, la question sera tranchée à la mi-juin par le président de la République, mais il est de plus en plus probable qu’on s’oriente vers une décision favorable de principe avec des engagements flous et non contraignants quant au calendrier, afin de ne mécontenter personne.


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