dimanche 22 octobre 2017

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La Suisse ne s’affole pas devant la menace terroriste

Tribune de Genève

samedi 17 mai 2008, sélectionné par Spyworld

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La Suisse reste une « cible potentielle ». Aucun danger immédiat n’est identifié, mais selon un expert, des « surprises » sont possibles.

S’agissant de terrorisme, autant notre pays que l’Autriche se situent dans une zone à risque. Cette idée ne sort pas de la tête du réalisateur de James Bond, mais bien de celle de la police fédérale (fedpol) ! Et l’ampleur planétaire du tournoi continental le rend d’autant plus attractif. Par écrit, la porte-parole de fedpol, Danièle Berset, explique : « Par de tels actes, les terroristes braqueraient l’attention du monde sur eux, d’autant plus que ces manifestations concentrent une masse énorme de personnes en un petit nombre d’endroits. » La menace se fait-elle grandissante à mesure que le tournoi approche ? Négatif, répliquent les autorités : « Il n’existe à l’heure actuelle aucun élément concret permettant de craindre un quelconque danger précis. » « La situation peut évoluer rapidement »

Pour ce qui est des activités islamistes, cela correspond aux observations de Roland Jacquard, président de l’Observatoire international du terrorisme : « En l’état, on n’a pas repéré d’appel à attaquer la Suisse sur les sites Internet de groupes proches d’Al Quaida. » Tout en rappelant qu’il faut être vigilant, la situation pouvant « rapidement » évoluer. Jacques Baud, auteur de l’ouvrage Le renseignement et la lutte contre le terrorisme, estime également que « par rapport à l’an dernier, la situation n’a pas fondamentalement évolué ».

Et qu’en est-il de groupes comme le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), que fedpol estime susceptible de commettre des actions violentes ou terroristes ? Pourrait-il profiter des matchs de la Turquie à Bâle et à Genève pour se manifester ? Roland Jacquard n’y croit pas : « De nombreux réseaux ont été démantelés ces dernières années. Et le PKK et d’autres organisations kurdes sont plutôt actives à l’intérieur du pays ou à la frontière. »

Mais notre expert émet d’autres craintes pour notre pays : « Le terrorisme a évolué. On a de moins en moins affaire à des groupes organisés et de plus en plus à des personnes agissant individuellement. » Et de citer l’exemple récent d’un individu isolé en Lorraine, qui, après avoir été en contact avec des groupes extrémistes algériens, a confectionné lui-même son explosif. Prêt à passer à l’action, la police l’a interpellé à temps. Quelle conclusion tirer pour la Suisse ? : « Des pays comme la France, Israël ou les Etats-Unis ont l’expérience du terrorisme. Vous pas. Vous pourriez donc être surpris par de telles actions en solo. » Jacques Baud ne croit pas à une évolution de l’action collective vers l’action individuelle : « Ce sont avant tout des réseaux de connaissances qui préparent des actions. Et ceux-là existent toujours et n’ont pas besoin d’Internet. »

Si les experts sont divisés, les praticiens sont à pied d’oeuvre. Et Guido Balmer de fedpol d’assurer garder « un oeil sur toutes les menaces potentielles, également à l’étranger ». Avant de conclure que « le défi le plus grand risque d’être de gérer la masse des visiteurs ». En clair : les hordes de supporters.

On engage des mercenaires

Les responsabilités sont partagées entre les collectivités locales, les cantons, la Confé­dération et les organisateurs du tournoi. Combien seront-ils à nous protéger ? Les pouvoirs publics ne communiquent pas de nombre exact. Mais on assure que les 16’000 policiers que compte la Suisse travailleront pendant la manifestation, soit directement, soit pour d’autres missions. L’armée suisse mettra un maximum de 15’000 soldats à la disposition des autorités civiles. Leur mission : la protection d’immeubles, des vols de surveillance ou d’opération de montage/démontage. Mais aucun service d’ordre. Quant à l’effectif du côté du corps des gardes-frontière, il ne sera pas étoffé. Plus de 1500 personnes constitueront le premier filtre à la frontière ou dans les trains venant de l’étranger. Par ailleurs, les cantons ont demandé que 500 à 1000 policiers français et allemands viennent en renfort.

L’autre pays organisateur davantage menacé

« Aucun élément ne permet de conclure à une menace terroriste pesant sur l’Autriche ou la Suisse durant l’Euro », réfute Rudolf Gollia, porte-parole au Ministère de l’intérieur. Pour l’Autriche pourtant, le poids d’une diffuse menace terroriste est peut-être plus tangible. Deux touristes enlevés en Tunisie se trouvent depuis février aux mains de ravisseurs se revendiquant de la mouvance Al Qaida au Maghreb. En mars, un couple d’Autrichiens originaires du Moyen-Orient a été condamné pour avoir diffusé sur le Net une vidéo de menaces à l’encontre de l’Allemagne et l’Autriche, et réclamant le retrait des contingents d’Afghanistan. Des « troupes » qui pour l’Autriche s’élèvent à deux hommes.

« Nous sommes prêts pour tous les scénarios », a assuré récemment le ministre de l’Intérieur, Günther Platter. Les 27’000 policiers autrichiens attendront la fin de l’Euro pour prendre leurs vacances. L’unité antiterroriste Cobra, forte de 400 hommes, sera épaulée par 2200 hommes de l’unité d’intervention. La coopération entre les services européens est engagée depuis longtemps. Des policiers des pays participants, dont 800 Allemands, contribueront à la sécurité dans les quatre stades autrichiens.


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