samedi 16 décembre 2017

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Quand les ennemis de la Guerre froide réchauffent leurs souvenirs

AFP

samedi 17 mai 2008, sélectionné par Spyworld

Pendant des décennies, ils se sont affrontés de part et d’autre du Rideau de Fer. Des espions de la Guerre froide, dont un ex-colonel du KGB et un ancien responsable de la CIA, ont courtoisement échangé à Paris souvenirs et analyses sur cette époque, au cours d’un récent colloque.

Dans le petit amphithéâtre Bourcet de l’Ecole militaire, s’entassent anciens des services secrets, étudiants, universitaires et observateurs étrangers, tous passionnés par le "Grand jeu", expression de Rudyard Kipling pour désigner les affrontements entre grandes puissances par l’intermédiaire de leurs services secrets.

Sur l’estrade, le colonel Igor Préline, 71 ans, ancien porte-parole du KGB, Pete Bagley, 82 ans, ex-responsable de la section soviétique du contre-espionnage de la CIA, le préfet Rémy Pautrat, 68 ans, patron de la DST de 1985 à 1986 et Constantin Melnik, 80 ans, coordinateur des services de renseignements français au début des années 60.

Les ennemis d’antan débattent sur le thème "La Guerre froide est-elle vraiment terminée ?" à l’occasion de la sortie du livre "Les espions, réalités et fantasmes" (Editions Ellipses) de Constantin Melnik. Ce petit-fils du médecin personnel du tsar Nicolas II, considéré comme l’un des meilleurs analystes de l’Union Soviétique, a pu accéder à des archives des services de renseignements de l’ex-URSS.

Selon l’auteur, le KGB et le GRU (renseignement militaire) ont largement dominé leurs homologues américains, britanniques ou français durant la Guerre froide. Mais sans le renseignement technique (écoutes, avions et satellites d’observation), qui a fourni à l’OTAN 80% des données sur l’Armée rouge, l’Occident serait resté aveugle et sourd face à l’URSS, estime Constantin Melnik.

Paradoxalement, les anciens espions ont largement commenté l’un des rares grands succès de l’espionnage occidental, celui de l’opération Farewell, nom de code de Vladimir Ippolitovitch Vetrov. Cet officier de renseignement du KGB fournit à la DST du printemps 1981 à l’hiver 1982, depuis Moscou, 3.000 documents de qualité exceptionnelle et la liste de 420 officiers du KGB et du GRU dans le monde entier.

"Les informations de Farewell furent capitales", assure l’Américain Pete Bagley, qui rappelle que la DST fit bénéficier les "services amis", comme la CIA, de la manne venue de Farewell.

"Farewell fut très dommageable pour l’URSS", reconnaît le Russe Igor Préline, car "elle a surtout permis à l’Occident de voir tous les défauts et les points faibles du complexe militaro-industriel soviétique".

"Cette opération, raconte Rémy Pautrat, le plus grand succès de la DST, nous a aussi permis de nous rendre compte du niveau de la pénétration soviétique dans l’économie française". Le 5 avril 1983, le président François Mitterrand décidait d’expulser 47 Soviétiques, dont 40 diplomates.

Pour l’ancien responsable de la DST, "on ne sait toujours pas ce qu’est devenu Vetrov". Selon certaines sources, Vetrov aurait été fusillé en 1985 en URSS.

Par ailleurs, relève Pete Bagley, "les transfuges soviétiques nous ont beaucoup aidé durant la crise des missiles de Cuba en 1962 pour évaluer les véritables intentions de l’URSS".

Près de vingt ans après la fin de la Guerre froide, Igor Préline estime que "l’espionnage est aujourd’hui une arme de paix car il aide les Etats à prendre les bonnes décisions pour éviter la guerre".

"La Guerre froide est terminée. Tout le monde a gagné", lance l’ancien colonel du KGB.


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