lundi 23 octobre 2017

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Livre blanc sur la défense : industriels et parlementaires s’inquiètent

La Tribune

mercredi 21 mai 2008, sélectionné par Spyworld

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Les industriels du secteur de la défense craignent une probable réduction des programmes d’armements. Les élus s’inquiètent des suppressions des implantations militaires sur le territoire, comme de certains choix stratégiques.

Au fur et à mesure que les pouvoirs publics dévoilent les différents volets du Livre blanc sur la défense, qui sera officialisé en juin, ce dernier cristallise les inquiétudes des industriels, qui craignent de voir les programmes d’armements être revus à la baisse, comme celles des parlementaires, qui s’alarment de voir de nombreuses implantations militaires menacées sur le territoire.

"Les programmes vont sans doute être réduits en quantité (...) Les industriels ont du souci à se faire", affirme Jean-Paul Hebert, universitaire spécialiste de l’économie de l’armement, cité par l’AFP. Selon lui, les entreprises les plus menacées sont les groupes publics d’armement terrestre Nexter (ex-Giat) et naval DCNS (ex-Direction des chantiers navals).

DCNS pourrait pâtir d’une réduction de l’ambitieux programme de frégates multi-missions (Fremm), qui porte actuellement sur la construction de dix-sept navires pour la France. Sans compter l’hypothétique décision sur la construction d’un second porte-avion, d’un coût d’au moins 3 milliards d’euros. La décision devait être prise par le chef de l’Etat lors d’un conseil de défense réuni début juin à l’Elysée, mais les marins se préparent désormais à un report "sine die" de ce programme majeur pour la Défense qui, s’il se confirme, créera un "trou capacitaire" important dans la force aéronavale.

Dans l’armement terrestre, "tout le monde se prépare à une situation délicate", reconnaît Bruno Rambaud, le président du Groupement des industries françaises de défense terrestre (GICAT). Nexter (ex Giat Industries) pourrait pour sa part faire les frais d’une réduction du nombre de VBCI (véhicule blindé de combat d’infanterie) effectivement commandés, sur les 700 théoriquement envisagés.

Dans le domaine aérien, même si "on ne va sans doute pas construire 294 avions Rafale" comme cela était prévu, Dassault "a su assez bien jusque là reconvertir une partie de son activité sur le civil", tempère Jean-Paul Hebert.

Le groupe Thales, dont les équipements électroniques sont omniprésents dans les armements modernes, affiche quant à lui une certaine sérénité. Son PDG, Denis Ranque, reconnaissait en mars qu’il n’était "pas évident que tous les programmes prévus pourront être menés", mais soulignait que son groupe est "bien équilibré" entre eux. Thales pourrait même s’avérer bien placé pour répondre aux nouvelles orientations, axées en particulier sur le renseignement, les menaces asymétriques, la sécurité.

Dans le domaine spatial, qui devrait bénéficier d’une augmentation des crédits notamment dans l’observation, EADS (au travers de sa filiale Astrium) et Thales (via Thales Alenia Space) devraient s’avérer gagnants, soulignent les analystes de Natixis dans une note.

Du côté des parlementaires, devant lesquels s’exprimait le ministre de la Défense, Hervé Morin, ce mercredi, les inquiétudes ne sont pas moins grandes. Environ 450 communes comptent une implantation liée à la défense en France, dont 53 pourraient voir disparaître toute présence militaire sur leur territoire.

Ce mercredi aussi, l’AFP (Agence France Presse) révélait un courrier adressé par le ministre de la Défense à des patrons du CAC 40 et à quelques autres pour les encourager à implanter leurs entreprises sur les nombreux terrains qui seront prochainement libérés par les armées. Cette installation, fait valoir Hervé Morin, pourrait "bénéficier du soutien de l’Etat dans le cadre de sa politique d’aménagement du territoire".

Sur les choix stratégiques proposés par le Livre blanc, le président de la commission de la défense à l’Assemblée nationale, l’UMP Guy Teissier, a déjà souhaité mercredi quelques modifications, estimant que "ce qui pose problème, c’est le choix des programmes". "Nous, parlementaires, pensons que l’effort doit être porté sur l’aéromobilité (les moyens aériens de déploiement des troupes, NDLR) ou le véhicule blindé de combat d’infanterie, pour l’armée de terre, ou sur les frégates multimissions, pour la marine", a-t-il détaillé.

En revanche, a poursuivi le député des Bouches-du-Rhône, la numérisation du champ de bataille - sorte de réseau internet permettant de déterminer en temps réel la position des forces ennemies et amies, de transmettre les ordres, ... - "n’est pas une priorité selon nous".

La parlementaire socialiste bretonne Patricia Adam, qui avait claqué la porte de la commission du Livre blanc début avril, redoute pour sa part "des décisions brutales pour l’industrie et les armées", dénonçant des restructurations conduites "sans concertation avec les territoires concernés".

"Si on veut tout garder en l’état, sans toucher à la dissuasion nucléaire et aux programmes déjà lancés et que l’on ajoute une panoplie de missions supplémentaires, le tout avec un budget extrêmement contraint, il y a un problème", a jugé de son côté le député UMP Pierre Lellouche, co-rédacteur de la plate-forme électorale de Nicolas Sarkozy sur la défense.


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