mardi 17 octobre 2017

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Une coopération antiterroriste renforcée avec le Maghreb

Christophe Cornevin, le Figaro

vendredi 23 mai 2008, sélectionné par Spyworld

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Paris et ses partenaires européens fournissent formations et matériels contre du renseignement sur le terrorisme islamiste.

« Le péril pour la France est de ne s’occuper que de ses problèmes en interne alors qu’ils peuvent surgir de l’extérieur. Se protéger au moment où l’on prend des coups n’est jamais efficace. Mieux vaut agir en amont, avant que cela ne dégénère… » : en des termes choisis, un haut responsable policier résume la démarche de Michèle Alliot-Marie dans la croisade qu’elle entend mener sans relâche contre le terrorisme, les narcotrafiquants et les filières d’immigration clandestine. Après une série de voyages en Arabie saoudite, au Maroc, en Tunisie ou encore en Algérie, la ministre de l’Intérieur a poursuivi sa tournée sur le continent noir en participant jeudi à la treizième Conférence intergouvernementale de la Méditerranée occidentale (CIMO) organisée à Nouakchott, en Mauritanie.

Qualifié de « très opérationnel », ce sommet a réuni les ministres de l’Intérieur de cinq pays africains (Libye, Maroc, Algérie, Tunisie et Mauritanie) et de cinq États européens (Espagne, France, Italie, Portugal et Malte). Au programme : mieux coordonner la frappe contre la criminalité organisée et porter à des milliers de kilomètres le bouclier antiterroriste français.

Avec sa façade atlantique, à l’interface entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabe, la Mauritanie est à ce titre devenue hautement stratégique. Son immense désert d’un million de kilomètres carrés, délimité par des frontières poreuses, est une terre de mission de l’islamisme radical. « Dans les années 1990, le terrorisme était national, cantonné en particulier au Sud algérien, avec le GIA, analyse Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, qui était du voyage, tout comme le grand patron de la gendarmerie, le général Guy Parayre. Depuis la naissance en 2006 d’al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI, ex-GSPC), le risque terroriste a gangrené toute la région jusqu’aux portes du Sahel. »

Une grand-messe policière

L’assassinat des quatre touristes français, le 24 décembre 2007 à Aleg, à 250 kilomètres à l’est de la capitale, a marqué un tournant alarmant. « Quelques jours après, notait jeudi un expert du renseignement, des Belges avaient été enlevés. Leur preneur d’otages leur avait assuré qu’ils auraient été tués s’ils avaient été français. »La symbolique course du Paris-Dakar n’a d’ailleurs pas survécu à cette nouvelle menace. « Des camps d’entraînement de jeunes djihadistes, susceptibles de venir de France et en partance vers l’Irak, se sont installés dans le Sahara sans que la police locale n’ait aucun moyen de les détecter », confie un haut fonctionnaire français. « Cette propagation de la mouvance AQMI bouleverse les cartes, considère un policier. Or, nous savons que la France, comme l’Espagne, demeure sa cible prioritaire. »

La grand-messe policière de Nouakchott vise à prendre en étau cet original « terrorisme de zone ». Pour ce faire, les États africains demandent des stages de formation et des moyens supplémentaires pour protéger leurs postes frontières, en échange de renseignements. Dans le même esprit, une traque plus intensive a été décrétée contre les filières de la cocaïne qui, par convois routiers ou caravanes de chameaux, empruntent les chemins africains du haschisch pour remonter jusqu’aux rives de la Méditerranée. Jeudi, les dix partenaires du CIMO, hormis les Italiens, semblaient avoir validé l’idée de créer, à Toulon, une base internationale visant à endiguer la déferlante de poudre, via une noria de puissants Zodiacs, vers la France.

Réunissant plusieurs dizaines de marins et de policiers, ce centre d’enquête et de coordination de la lutte antidrogue en Méditerranée devrait être mis en place avant la fin de l’année. Michèle Alliot-Marie l’a encore martelé jeudi : « La protection des Français, de leur bien-être et de leur liberté ne saurait être remise en cause par la criminalité venue d’Afrique. »


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