mercredi 13 décembre 2017

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Le FBI alerte sur le risque terroriste nucléaire

Arnaud de La Grange, le Figaro

jeudi 29 mai 2008, sélectionné par Spyworld

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Une vidéo mise en ligne sur un site islamiste appelle à perpétrer des attaques nucléaires, biologiques ou chimiques contre l’Occident.

Une bombe sale aux mains de la secte apocalyptique dont le noyau dur d’al-Qaida a toutes les allures. Ce cauchemar hante depuis sept ans les experts du contre-terrorisme, et le FBI vient de raviver la menace.

L’agence fédérale américaine a sonné mercredi l’alerte, après la diffusion sur un site islamiste d’une vidéo appelant les militants de la mouvance à perpétrer des attaques nucléaires, biologiques ou chimiques contre l’Occident. Le titre de ce nouvel enregistrement est explicite : Guerre nucléaire, la terreur ultime. « Nous admettons l’idée de tuer de nombreuses personnes et cette idée doit être comprise comme une façon de traiter les autres comme ils nous traitent, dit son auteur, et ces pertes humaines doivent résulter de l’utilisation d’armes de destruction massive. »

La vidéo a été mise en ligne sur le site al-Ekhlaas, l’un des cinq forums djihadistes les plus en vue. « La vidéo n’est pas labellisée d’une des maisons de production d’al-Qaida, comme al-Sahab ou al-Fajr, explique Dominique Thomas, chercheur à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), il s’agit d’un montage privé, d’une vidéo d’incitation, mais qui focalise cette fois sur les ADM (armes de destruction massive). » Tout en diffusant l’alerte à 1 800 services, le FBI a tenu à minimiser la menace, son porte-parole Richard Kolko estimant que l’enregistrement n’était pas « fracassant ». Un responsable du renseignement américain a déclaré que rien ne laissait penser pour l’heure qu’al-Qaida avait acquis la maîtrise d’ADM. Tout en ajoutant que c’est « clairement leur objectif et donc une chose que nous devons avoir à l’esprit ».

Attentats au chlore

L’intérêt d’al-Qaida pour les armes de destruction massive n’est pas nouveau. Mais le début d’un savoir-faire dans ce domaine est une autre affaire. « Les versions actualisées de la fameuse “Encyclopédie du Djihad” mises en ligne sur Internet traitent du sujet, et des documents techniques traduits en arabe ont été mis en annexe, rappelle Dominique Thomas, et plusieurs chefs aujourd’hui arrêtés s’étaient exprimés sur le sujet. » Il en est ainsi d’Abou Moussab al-Suri, ancienne figure islamiste du « Londonistan », arrêté en Afghanistan en 2005 et vraisemblablement détenu depuis par la CIA. Il avait appelé les groupes islamistes à recruter des experts aux compétences ADM. En 2003, les autorités saoudiennes ont aussi arrêté Nasser al-Fahd, un prédicateur qui avait émis une fatwa autorisant le recours aux ADM par les militants islamistes.

Jusqu’ici, toutes les affaires ayant montré des velléités terroristes dans le domaine de ces armes extrêmes relevaient du bricolage. On peut citer les attentats au chlore en Irak, les fameuses « filières tchétchènes » qui auraient envisagé des attentats à la ricine en France fin 2002, et des suspicions londoniennes, toujours d’attaques à la ricine. Outre-Atlantique, il y a aussi l’affaire José Padilla, cet Américain converti suspecté d’avoir fomenté un attentat à la « bombe sale » en 2002.

« al-Qaida a montré à de nombreuses reprises un intérêt évident pour le registre des ADM, et a cherché à se doter de certains éléments, commente Olivier Lepick, chercheur associé à la FRS (Fondation pour la recherche stratégique), mais il semble que l’on soit loin d’un début de commencement de réelle capacité dans ce domaine. »

Le danger d’une « bombe sale »

Fabriquer une arme chimique ou biologique efficace est complexe, et sans doute hors de portée des capacités techniques actuelles d’al-Qaida. Le danger serait plutôt que des terroristes puissent se doter d’un « produit fini » avec la complicité d’un État ou de milieux militaro-mafieux. Reste le risque d’une attaque terroriste conventionnelle contre un site industriel hébergeant par exemple des stocks de phosgène, d’ammoniaque ou de chlore, qui pourrait être dévastatrice pour les populations environnantes.

Côté nucléaire, le risque réaliste à moyen terme n’est pas celui d’une vraie arme atomique terroriste, mais celui d’une « bombe sale », soit un engin formé de substances radioactives dispersées par un explosif classique. « On est loin de la destruction massive, car les effets seraient limités, poursuit Olivier Lepick, mais, comme pour une attaque chimique, artisanale voire ratée, l’impact psychologique serait énorme. » Et c’est justement ce qui inquiète les services occidentaux, le goût d’al-Qaida pour la scénarisation du massacre n’étant plus à démontrer.


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