vendredi 20 octobre 2017

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L’essor de l’intelligence économique

Nathalie Quéruel, le Monde

lundi 2 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Les métiers de l’intelligence économique se développent-ils en France ? Face à une image sulfureuse qui perdure - officines aux activités douteuses qui s’estampillent "cabinet d’intelligence économique" -, les professionnels doivent sans cesse reprendre leur bâton de pèlerin pour promouvoir ce concept né il y a une quinzaine d’années : "il s’agit de rechercher et d’analyser les informations indispensables pour permettre aux entreprises d’anticiper et d’agir sur leur marché", rappelle Patricia Auroy, présidente du Groupement des compétences pour l’information et la compétitivité (GCIC).

Et ce, bien sûr, par des moyens légaux, ce qui exclut l’espionnage. "Cela n’a rien à voir non plus avec le travail de détective privé, précise André Added, président de l’Institut français d’intelligence économique (IFIE). Les données recherchées sont d’ordre financier, technique, juridique, et les destinataires sont les responsables d’entreprise. Pas question de filature ou d’enquête pour rassembler des preuves à destination de personnes privées."

Chez Schneider Electric, une cellule d’intelligence économique, qui compte cinq analystes, existe depuis trois ans au sein de la direction de la stratégie : "Nous faisons de la veille, c’est-à-dire le suivi de sites Web, la surveillance des entreprises du secteur, pour être les premiers informés sur notre environnement concurrentiel, explique Romuald Messina, directeur de l’intelligence économique. Nous produisons aussi des études ad hoc (organisation commerciale d’un concurrent, benchmark de performance financière par segment de marché, etc.). Enfin, nous animons un réseau de correspondants "veille" dans les pays et les centres de profit."

Si ce type de cellule s’est développé dans les grands groupes, il est néanmoins difficile d’évaluer le marché de l’intelligence économique en termes d’emplois. Notamment parce que les frontières de ses métiers sont un peu floues. En septembre 2006, le groupe Métiers et compétences rattaché au haut responsable en charge de l’intelligence économique (HRIE) - actuellement Alain Juillet - a livré une première cartographie, identifiant une dizaine de fonctions, allant du chargé de veille à l’analyste, en passant par le directeur de l’intelligence économique, mais aussi les éditeurs de logiciels, les formateurs et les lobbyistes. Le rattachement de ces derniers aux métiers de l’intelligence économique fait néanmoins débat. Et que dire des documentalistes, dont le travail, avec le développement des nouvelles technologies de la communication, se rapproche de celui des "veilleurs" ?

Selon une estimation de la Fédération des professionnels de l’intelligence économique (FEPIE), il y aurait quelque 200 prestataires de services opérant dans ce domaine, réalisant un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros et employant un millier de personnes. Que ce soit dans les cabinets de conseil ou dans les entreprises, mais aussi dans le secteur public - entre autres, les agences de développement économique émanant des collectivités territoriales -, des postes devraient continuer à se créer. Mais dans quelles proportions ?

Pour Jean-Bernard Pinatel, président de la FEPIE, il est primordial que le secteur continue à se professionnaliser pour générer de l’emploi : "En 2008, les métiers de chargé de veille, d’analyste et de consultant seront suffisamment définis pour qu’une certification des compétences soit mise en place. Car l’offre de services en intelligence économique ne doit pas être trompeuse, ce qui a été un peu le cas jusqu’à ces dernières années. Celle-ci doit s’accompagner d’une certification de moralité, une habilitation délivrée par les pouvoirs publics aux cabinets exerçant cette activité."

Au-delà de ces gages de qualité et de bonne conduite, la reconnaissance des métiers via des appellations identifiées par les acteurs du marché de l’emploi devrait contribuer à une meilleure visibilité. Aujourd’hui, sur les sites Internet de recrutement, les offres d’emploi en intelligence économique - à part quelques rares postes de chargés de veille - sont inexistantes.

Mais, selon Bertrand Deroubaix, directeur de l’intelligence économique chez Total, cela restera un marché de niche, même si l’activité est d’importance pour les entreprises : "C’est un travail lié à des sujets sensibles, où il faut veiller à ne pas franchir la ligne jaune. Cette recherche d’information reste donc dans des proportions limitées et réalisée par de petites équipes."


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