mercredi 18 octobre 2017

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Brown risque une défaite sur la loi contre le terrorisme

Sébastien Martin, le Monde

mardi 3 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Le premier ministre veut allonger la garde à vue à 42 jours pour les suspects de terrorisme, contre l’avis d’une grande partie des députés.

Opération kamikaze pour Gordon Brown : malgré l’opposition d’une grande partie des députés, de la plupart des experts judiciaires et de toutes les associations de défense des libertés civiles, le ­premier ministre britannique s’apprête à déposer une nouvelle loi pour durcir la lutte contre le terrorisme. Pourtant, une défaite à la Chambre des communes lors du vote la semaine prochaine semble probable. Étant donné la position de faiblesse actuelle de Gordon Brown, après deux graves échecs électoraux le mois dernier, un tel revers serait un coup de plus porté à sa crédibilité.

La controverse est centrée autour de l’allongement de la durée de garde à vue pour les suspects de terrorisme. Celle-ci est actuellement de 28 jours. Gordon Brown veut la porter à 42 jours. Selon lui, cette mesure est nécessaire pour faire face à la nature changeante de la menace : les terroristes présumés utilisent Internet, souvent avec messages cryptés, et les policiers ont besoin de temps pour trouver les preuves dont ils ont besoin. « En 2004, la police enquêtant sur Dhiren Barot, un membre d’al-Qaida, a saisi 270 ordinateurs, 2 000 CD et plus de 8 000 objets, écrivait hier le premier ministre britannique dans le Times. Dans l’enquête contre les bombes présumées dans les avions en 2006, la complexité avait augmenté : 400 ordinateurs, 8 000 CD et plus de 25 000 objets. »

Mais ces arguments sont loin de convaincre. Même Peter Goldsmith, procureur général jusqu’à l’an dernier, s’oppose à cette mesure. « Comment peut-il être acceptable d’enfermer quelqu’un pendant des semaines, pour les relâcher après 42 jours l’équivalent de trois mois de prison, en tenant compte des remises de peine sans aucune inculpation ? », s’interroge-t-il dans le Sunday Telegraph.

Une garde à vue à 42 jours ferait de la Grande-Bretagne le pays le plus sévère au monde dans ce domaine, loin devant l’Australie (12 jours). La France a une limite de six jours. De plus, la police n’a jusqu’à présent jamais eu besoin d’utiliser l’intégralité des 28 jours, même si à trois reprises, des suspects ont été inculpés au bout de 27 jours.

Calcul politique

Dans ces conditions, comment expliquer l’entêtement de Gordon Brown ? Le premier ministre britannique affirme que le changement de loi est nécessaire, au cas où la police se retrouve dans une situation où elle a besoin de plus de temps. De plus, il propose que le Parlement soit chargé d’approuver au cas par cas toute garde à vue de plus de 28 jours. Mais derrière la rhétorique se cache aussi un calcul politique. « Gordon Brown estime que même s’il perd à la Chambre des communes, ce sera bon pour sa popularité, parce qu’il aura paru ferme contre le terrorisme », analyse Philip Cowley, politologue à l’université de Nottingham. Le calcul est cependant risqué. Un sondage réalisé par l’association Liberty montre que les Britanniques voient clair dans son jeu : 52 % estiment que la proposition de loi cherche à « faire paraître le gouvernement dur contre la terreur » . Étant donné l’état de faiblesse actuel de Gordon Brown, son pari est particulièrement dangereux.


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