dimanche 22 octobre 2017

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La refonte des services secrets sème la polémique au Venezuela

Patricia Torres, AFP

mercredi 4 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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La refonte des services secrets sème la polémique au Venezuela, où l’opposition accuse le président socialiste Hugo Chavez de vouloir imposer un État policier, au mépris des droits de l’Homme.

Une nouvelle législation, jugée « nécessaire » par M. Chavez, contraint toute personne, entreprise ou organisation — quels que soient son statut ou sa nationalité — à collaborer avec les services de renseignement.

« On se rapproche de ce qu’on appelle un État policier, qui prétend transformer tout citoyen en policier, sous peine de délit, avec pour prétexte de sauvegarder la sécurité de la nation », affirme à l’AFP Marino Alvarado, représentant de Provea, une association vénézuélienne des droits de l’Homme.

La loi, qui regroupe les services secrets policiers et militaires, vise officiellement à « protéger et garantir la stabilité, l’intégrité et la pérennité des institutions démocratiques ».

Des juristes se sont publiquement émus d’une réforme qui promeut selon eux la délation anonyme et menace la liberté de la presse.

Le texte stipule ainsi que la publication d’informations considérées comme « confidentielles ou secrètes entraîne des responsabilités civiles, pénales et administratives ».

Le sujet est très sensible au Venezuela, où M. Chavez, un allié du régime cubain, avait suscité l’an dernier une levée de bouclier en refusant de renouveler la licence de la chaîne Radio Caracas Television (RCTV), la plus ancienne et populaire station du pays, en raison de son ton critique.

En décembre dernier, le dirigeant socialiste avait essuyé un échec en proposant par référendum une nouvelle Constitution qui prévoyait entre autres la possibilité d’instaurer un état d’exception permettant de museler la presse.

« Une loi qui met toute la société au service du renseignent de l’État est une aberration », estime l’ancien président de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH), Pedro Nikken.

Selon cet expert, le nouveau texte de loi est dangereux car il autorise les « preuves secrètes » et permet aux services de renseignement d’« agir sans ordre judiciaire ».

« Toute activité de la société est ou peut être suspectée d’attenter à la sécurité de la nation », poursuit-il. Les autorités vénézuéliennes justifient cette législation face à la menace de son principal ennemi désigné, le gouvernement américain, dont M. Chavez dénonce régulièrement la volonté de le renverser, voire de le supprimer.

Le ministre de l’Intérieur, Ramon Rodriguez Chacin, a assuré que la nouvelle loi permettrait de combattre « l’ingérence des États-Unis dans les affaires internes du pays ».

Les agents secrets devront désormais démontrer leur « engagement idéologique » au même titre que leur « parcours académique », avait-il souligné, lors de la présentation de cette réforme. La polémique naît aussi de la forme par laquelle la loi a été entérinée.

Investi l’an dernier des pleins pouvoirs par un parlement acquis à sa cause suite au boycottage de l’opposition, M. Chavez l’a promulguée par simple décret.

« Les droits de l’Homme ne peuvent être restreints par décrets présidentiels mais par la loi et la loi, selon la Cour interaméricaine des droits de l’Homme, cela signifie une norme issue du parlement », souligne M. Nikken.

Plusieurs organisations humanitaires ont annoncé leur intention de déposer devant le tribunal suprême un recours en annulation de cette loi, dénoncée comme « anticonstitutionnelle » et « contraire aux conventions internationales ».


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