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Un plan de prévention contre les méthodes de recrutement de l’islamisme radical en Europe

Jean-Pierre Stroobants, le Monde

jeudi 5 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Gilles de Kerchove, coordinateur européen de la lutte antiterroriste, veut endiguer le processus de radicalisation qui peut conduire des jeunes vers le terrorisme islamiste. Jeudi 5 juin, à Luxembourg, il devait présenter aux ministres européens de la justice et de l’intérieur un nouveau document sur sa stratégie. Après s’être essentiellement préoccupée, affirme-t-il, des conséquences à court terme du terrorisme, l’Union européenne (UE) doit développer un plan à long terme et s’attaquer aux causes de la radicalisation de certains musulmans. M. de Kerchove compte sur la présidence française de l’UE, qui débute le 1er juillet, pour coordonner et approfondir une telle politique.

Depuis juillet 2005, l’UE a été épargnée par les actions terroristes à grande échelle. Les attaques qui ont visé des Européens en dehors du territoire des Vingt-Sept, tout comme les informations qui remontent vers Bruxelles en provenance des Etats membres, confirment cependant que la menace n’a pas décru.

Divers services de renseignement continuent à évoquer le "basculement" de jeunes gens du fondamentalisme vers l’islamisme, puis de l’islamisme vers l’action violente. Diverses cellules organisent toujours le recrutement de ces militants via des organisations caritatives, des mouvements de jeunesse, des associations de quartier, des écoles. Instruits par les événements des dernières années et les nombreuses arrestations opérées dans divers pays, ces groupes deviennent, en outre, des structures de plus en plus fermées, difficilement pénétrables par les agents du renseignement.

Affirmant vouloir écarter préalablement "toute stigmatisation de l’islam" et impliquer des musulmans dans sa campagne, le coordinateur européen entend agir sur différents plans, sans empiéter sur les compétences nationales. M. de Kerchove compte sur l’aide de plusieurs Etats membres, qui ont accepté d’assumer le leadership d’une série d’actions à mener. L’Espagne formulera des propositions pour favoriser le dialogue avec les divers courants religieux, mieux assurer la formation des imams et réduire l’influence des courants les plus radicaux dans le message délivré aux croyants. La Grande-Bretagne imagine, avec l’aide d’experts et de groupes de la société civile, la constitution d’un "discours alternatif" à celui d’Al-Qaida, sorte de dictionnaire de contre-propagande. La Suède, forte d’une longue expérience, avancera "des idées neuves" sur le rôle de la police de proximité. Les Pays-Bas collecteront les "meilleures pratiques" de leurs autorités locales en matière de prévention terroriste pour élaborer une sorte de guide. Enfin, l’Allemagne, qui a mis en place un programme d’observation intensive d’Internet, amplifiera cette initiative. Elle a déjà débouché sur la naissance d’un portail mis à la disposition des Etats membres par Europol, l’office européen de coopération policière.

Les Etats membres devraient aussi envisager la question, devenue cruciale, de l’endoctrinement dans les prisons. La France, l’Allemagne et l’Autriche ont élaboré un programme qui vise à la collecte de renseignements, la formation du personnel, la présence de professeurs de religion qualifiés dans les établissements.

Un dernier axe privilégié sera celui de la communication. "L’Union doit développer une stratégie de communication cohérente visant à faire connaître ses valeurs et les politiques qu’elle mène dans le domaine de la radicalisation", souligne M. de Kerchove.

Quelques milliers de militants radicaux jugés dangereux

Combien sont, en Europe, les radicaux vraiment dangereux ? 3 000 environ en Grande-Bretagne, quelques centaines en France, de 100 à 200 aux Pays-Bas et en Belgique, estiment les experts européens. Au cours des dernières années, leur profil a changé : recrutés beaucoup plus tôt, ils ne sont souvent pas fichés, ce qui complique leur repérage. Autour des cellules de ce "terrorisme interne", indirectement lié à Al-Qaida, on retrouve quelques milliers de sympathisants non engagés dans l’action violente, mais prêts à partager les idées des leaders radicaux.


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