mercredi 18 octobre 2017

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La DST mise en cause dans ses rapports avec les "officines"

Isabelle Mandraud et Caroline Monnot, le Monde

mardi 10 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Les "officines", ces sociétés de renseignement privées, sont à nouveau montrées du doigt. Elles qui ne prisent guère la publicité font déjà l’objet de suspicions et d’enquêtes dans deux affaires récentes : celle du commissaire Moigne, patron de la brigade des fraudes aux moyens de paiement, accusé d’avoir monnayé des renseignements auprès de sociétés de ce type ; et celle qui concerne Olivier Besancenot. Là encore, une officine est soupçonnée d’avoir espionné le porte-parole de la LCR pendant plusieurs mois, et consulté ses comptes bancaires.

Cette fois, le coup vient d’un ancien gendarme reconverti dans le renseignement privé. Dans un livre à paraître le 12 juin, Allez-y on vous couvre ! (Editions du Panama, 15 euros) Patrick Baptendier, 47 ans, décrit des pratiques illicites qu’il affirme être le quotidien du secteur. Et raconte surtout comment la DST a fait de lui un "agent" pour obtenir des informations sur deux des plus grands groupes d’intelligence économique - Kroll et Geos - dont il était, avec sa petite société de sécurité, l’un des prestataires de services. En échange de quoi, la DST lui fournissait les renseignements souvent confidentiels dont il avait besoin pour ses missions. Et, prétend-il, l’avait assuré, à plusieurs reprises, de sa protection.

L’auteur lui-même n’a rien d’un premier prix de vertu. Lorsqu’il quitte la gendarmerie, après vingt-deux ans de service, il a sur le dos une sombre histoire de "tentative d’extorsion de fonds" qui lui vaut une condamnation à un an de prison avec sursis. Dès lors, il s’engage dans la sécurité privée, avant de créer sa propre entreprise de filature et de surveillance, en avril 2003, bien qu’il ne réunisse pas les conditions d’agrément.

Aujourd’hui, il encourt cinq ans de prison pour "corruption et complicité de violation de fichiers automatisés" après qu’une enquête judiciaire a été déclenchée suite à une conversation sur écoutes qu’il a eu avec l’un de ses confrères. Mais il ne veut pas couler tout seul. Patrick Baptendier relate ainsi avoir, pour le compte de Kroll, surveillé la journaliste Ghislaine Ottenheimer puis son mari le lobbyiste Thierry Lefebure, effectué des recherches sur Pierre Bellanger le patron de Skyrock. Il dit avoir aussi réalisé pour Kroll une mission de surveillance des allées et venues de salariés de la société Optimum, fin 2005, à l’époque où elle était dirigée par Laurence Parisot et à la suite de vols dans cette entreprise. Au fil de la mission, "il a été convenu que cela ne porterait que sur six personnes" dit-il au Monde, en précisant qu’il était mandaté par Kroll et non directement par Mme Parisot. Cette dernière a reconnu avoir fait appel aux services de Kroll mais dément catégoriquement avoir donné l’ordre d’enquêter sur ses salariés. Pour Geos, il dit avoir travaillé sur des missions confiées par les Mutuelles du Mans ou encore le groupe Bolloré. Très souvent, il s’agit d’obtenir des identifications de comptes ou de mouvements bancaires, de chercher trace de condamnations, de vérifier des immatriculations : toute pratique qui obligent à consulter des fichiers auxquels il ne devrait pas avoir accès. Contacté par Le Monde, le PDG de Geos, Stéphane Girardin assure que "tout est faux. On intervient toujours dans le cadre légal. On a créé un comité d’éthique dès 1998. On ne fait plus appel à des sous-traitants depuis deux-trois ans".

Le courrier que M. Baptendier avait adressé depuis sa cellule de Bois D’Arcy à Pierre Bousquet de Florian, alors directeur de la DST est revenu dans le dossier ainsi annoté : "Il ne manque pas d’air. Passer ses élucubrations au juge compétent sans même répondre à l’intéressé."


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