mardi 12 décembre 2017

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L’Iran lance ses premiers satellites

Joseph Henrotin, Technology Watch

dimanche 25 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

L’Iran chercher à disposer d’unen capacité spatiale depuis une dizaine d’années. Si, comme la majorité des Etats, cette capacité a d’abord été passive - via l’achat d’imagerie satellitaire commerciale - elle est en passe de devenir active. Reporté depuis avril 2005, le lancement des deux premiers satellites iraniens interviendrait fin septembre. C’est un lanceur russe Cosmos-3, qui, depuis Plesetsk, mettrait en orbite les trois plates-formes. Le premier, appelé Mesbah (lanterne) semble, d’après les photos, de petite taille, sa masse étant de 65-75kg. Il serait affecté à des missions de surveillance météo mais, selon certains services de renseignement, il pourrait - le conditionnel est de mise - être affecté à des missions de surveillance.

En pratique, il pourrait etre affecté à la surveillance des capacités militaires américaines et israéliennes au Moyen-Orient mais permettrait aussi d’assurer la surveillance des pipes-lines. Il devrait rester en orbite durant trois ans, certains indiquant qu’il serait en mesure de poursuivre son travail durant cinq ans supplémentaires. Le satellite a bénéficié de la collaboration de la firme italienne Carlo Gavazzi Space. Un deuxième satellite, Sinah, est quant à lui un démonstrateur technologique de 20kg, de fabrication intégralement iranienne, devant initiallement être lancé par un Shahab-4 mais dont le vol avait été reporté pour des causes inconnues. Nuançons toutefois une information qui ne manquera pas de nourrir des argumentaires divers : même avec Mesbah, l’Iran ne disposera que de capacités très limitées. Avant d’obtenir des satellites de renseignement aux performances correctes, il fallut plus de vingt ans d’efforts aux Etats-Unis et plus de dix à l’Union Européenne.

Par ailleurs, notons aussi que, selon certains analystes, le développement d’un programme spatial pourrait permettre à l’Iran de poursuiivre le développement de ses missiles sans être contraint par le Missile Technology Control Regime tout en bénéficiant d’informations recueillies par ses propres satellites, dépassant de la sorte d’éventuels blocus informationnels qui pourraient être imposés aux sociétés d’imagerie commerciales.

Ce sont autant d’évolutions inspirant plusieurs réflexions :

1) Le développement de régimes de contrôle internationaux se heurtera de plus en plus systématiquement à la complexification des développements technologiques, dans le domaine spatial comme dans d’autres (on se souvient des questions portant sur la pertinence de l’embargo sur les armes à destination de la Chine dès lors que des technologies civiles à application militaire sont exportées). Dans le cas qui nous préoccupe aujourd’hui, on ne peut interdire la constitution de programmes spatiaux civils. Au risque de voir des programmes militaires fleurir comme de voir la pertinence des régimes s’affaiblir un peu plus. C’est d’autant plus le cas que "la solution de facilité" - sortir des régimes - induit une dichotomie entre les Etats pouvant tout se permettre sans sanction aucune et ceux qui resteraient soumis à ce qui n’est plus guère que des mesures de confiance.

2) L’accès à l’espace et son utilisation militaire, un temps considéré comme l’apanage de quelques puissances, qui ne l’utiliseraient en outre qu’assez parcimonieusement, est réifiée. Ces dix dernières années ont autant montré un certain désintérêt pour les grands programmes spatiaux, doublée d’une banalisation de l’utilisation de l’espace pour des applications stables dans le temps (renseignement, transmissions, météo, etc.). Aujourd’hui, outre l’Europe, les Etats-Unis et la Russie, considérables comme des "puissances historiques", le Brésil, la Chine, l’Inde, Israël, le Japon, l’Iran disposent ou disposeront prochaînement de capacités actives et non plus passives.

3) Corollaire logique d’une telle situation, la perception géostratégique de l’espace est revalorisée et dépasse sa seule utilisation dans le cadre des missions classiques. Avec la relance d’un programme lunaire US qui apparaît surtout comme destiné à faire accroître la supériorité technologique américaine dans le domaine, contestée par les Européens, les possibilités de militarisation de l’espace se trouvent, en outre, radicalisées : à l’instar de ce qu’en disait I. Sourbès, qui contrôle la Lune contrôle les orbites terrestres. De là à ce que plusieurs réflexions sur l’utilité des armes antisatellites fleurissent à nouveau, dans un contexte où la dernière version de la doctrine spatiale militaire américaine semble connaître une maturation, il n’y a, par ailleurs, qu’un pas.


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