lundi 23 octobre 2017

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Paris espère une percée sur l’Europe de la défense

Yves Clarisse, Reuters

jeudi 12 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Les initiatives préparées par la France pour relancer l’Europe de la défense pendant sa présidence de l’Union européenne, au second semestre 2008, font pratiquement consensus, déclare-t-on mercredi dans l’entourage du ministre français de la Défense, Hervé Morin.

Seul le Royaume-Uni émet encore certaines réserves de taille que Paris espère vaincre pendant le prochain semestre.

"Il y a des négociations secrètes avec (le Premier ministre britannique Gordon) Brown", a-t-on appris à l’Elysée, où l’on souligne qu’il faut attendre la fin du processus de ratification du traité de Lisbonne en Grande-Bretagne avant d’avancer.

L’entourage d’Hervé Morin se montre optimiste et, même si le risque d’un "non" irlandais au traité de Lisbonne lors du référendum de jeudi risque de modifier la donne, de nombreux pays sont décidés à aller de l’avant malgré cet éventuel revers.

"Il y a un consensus à peu près total", y affirme-t-on en soulignant que les pays de l’Est, qui étaient censés se montrer très réticents, sont au contraire très positifs.

L’annonce, par Nicolas Sarkozy, que la France entendait rejoindre le commandement intégré de l’Otan en échange d’une montée en puissance de l’Europe de la défense semble avoir rassuré ces pays sur l’absence de concurrence avec l’Alliance atlantique et les Etats-Unis ont donné leur approbation.

"Nous avons levé une partie des doutes sur l’Europe de la Défense", explique un diplomate. "L’Alliance atlantique, c’est pas cher, c’est sûr et ça a fait ses preuves depuis 1949."

HÉLICOPTÈRES

La création d’un système européen d’observation satellitaire, même s’il ne concerne que six pays, est désormais acquise et le "livre blanc" que la France publiera le 17 juin proposera de l’étendre à l’observation de l’espace et de mettre sur pied un système européen d’alerte au départ des missiles.

L’accord franco-britannique sur la création d’une flotte européennes d’hélicoptères constitue également un acquis.

Des négociations poussées sont en cours entre la France et le Royaume-Uni pour la création d’un groupe aéronaval.

L’idée est qu’un porte-avion britannique ou français serait en permanence en mer et, s’il naviguerait sous son drapeau national, il serait accompagné par des moyens européens — frégates, sous-marins, pétrolier ravitailleur, etc..

Un "Erasmus militaire" serait mis sur pied pour permettre par exemple à des militaires polonais de parfaire leur formation en France afin de créer une culture militaire commune.

Si les Irlandais disent "oui" au traité de Lisbonne, cela ouvrirait la voie à une "coopération structurée" entre un groupe limité de pays qui veulent créer un marché unique de l’armement, alors que les marchés sont actuellement fragmentés.

RÉTICENCES BRITANNIQUES

Deux points se heurtent encore à de fortes réticences de la part de Londres où Gordon Brown, affaibli, ne semble pour l’instant pas en mesure de faire sauter les réserves de ses militaires, a-t-on appris au ministère de la Défense.

Malgré le feu vert américain, Londres reste très réticent à l’idée d’une montée en puissance du centre de planification et de commandement chargé de piloter les opérations militaires européennes par peur d’une duplication avec l’Otan.

Le local dévolu à ce centre à Bruxelles est vide et toute opération, par exemple de maintien de la paix en Afrique, oblige à créer un état-major ad hoc, ce qui prend énormément de temps, avant de le démanteler à la fin de la mission.

L’idée française est de mettre sur pied une structure permanente de 50 personnes, contre 900 pour l’Otan, avec une augmentation à 150 planificateurs lors d’une opération.

"Nous ne voulons pas d’un quartier général", explique une source proche du dossier. "Mais l’Europe a une carte à jouer pour mener des opérations militaires en Afrique ou ailleurs."

L’agence européenne de l’armement devrait également développer ses activités pour créer des équipements communs, comme des hélicoptères lourds ou pour la protection des hommes.

Cette structure existe mais les Britanniques refusent de doter d’un budget pluriannuel, ce qui entrave ses activités.

Enfin, la France veut que l’on puisse faire appel aux multiples corps européens qui ne servent jamais, comme les 1.000 hommes basés et entraînés à Strasbourg.

Tout cela se ferait parallèlement à l’actualisation de la stratégie européenne de sécurité, qui date de 2003 et que la France juge dépassée à l’heure des cyberattaques.

Rédaction européenne, édité par Pascal Liétout


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