samedi 21 octobre 2017

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La France remet le renseignement à l’honneur

Isabelle Lasserre, le Figaro

lundi 16 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Nicolas Sarkozy présente mardi aux militaires le livre blanc qui définit les priorités stratégiques du pays pour les quinze prochaines années.

Le renseignement. C’est l’une des principales innovations du nouveau livre blanc pour la défense et la sécurité nationale, qui sera dévoilé mardi matin par Nicolas Sarkozy. Le renseignement fait même l’objet d’une nouvelle et cinquième fonction stratégique, baptisée « Connaissance et anticipation » et qui vient s’ajouter à la « dissuasion », à la « protection », à la « prévention » et à « l’intervention ». Afin d’illustrer la priorité qu’il entend accorder au renseignement, le président français se rendra demain après-midi sur la base aérienne de Creil, là où niche la DRM, la très secrète Direction du renseignement militaire.

Alors que les trois armées françaises, après avoir trop longtemps vécu au-dessus des moyens de la France, s’apprêtent à subir une sévère cure d’amaigrissement, le renseignement est l’un des rares secteurs de la défense qui ressortira renforcé du nouveau livre blanc. Le secteur s’est vu promettre davantage de moyens humains et techniques, des satellites d’observation, des drones et des nouveaux radars. Un Conseil national du renseignement (CNR) sera créé. Et, cerise sur le gâteau, l’Élysée s’est aussi offert un « M. Renseignement », l’ambassadeur Bernard Bajolet, qui sera chargé de coordonner l’ensemble des services.

Menaces diffuses et multiples

Pour les membres de la commission, qui ont planché pendant neuf mois sur les risques pesant sur la France, il apparaît évident que le passage d’un contexte stratégique de guerre froide à la mondialisation confère un rôle clé au renseignement. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique et les attentats du 11 septembre 2001, les menaces sont devenues plus diffuses et multiples : elles n’exigent plus forcément une réponse uniquement militaire. Si « savoir sans pouvoir » n’a jamais été d’une grande utilité en matière militaire, l’imbrication des intérêts, le rétrécissement du monde, la menace du terrorisme constituent de nouveaux défis qui exigent, pour être relevés, que l’on dote la France de nouveaux capteurs, notamment dans le domaine spatial. « Dans ce monde devenu très compliqué, il est de plus en plus difficile de savoir ce qu’il se passe. Nous devons renforcer nos moyens pour être capables de produire une appréciation autonome », explique une source proche de la commission.

Mais il s’agit aussi, en replaçant le renseignement au centre du débat, de pallier les insuffisances des services français, notamment le manque de coordination et la mauvaise coopération entre agences. En France, les hommes politiques se méfient volontiers des services. Jacques Chirac ne les aimait pas. Même dans l’armée, le renseignement n’a jamais vraiment été considéré comme une fonction majeure. La DRM a été créée après la guerre du Golfe seulement. Mais ce n’est qu’à l’occasion des guerres de Bosnie et du Kosovo que s’est fait ressentir le besoin crucial d’avoir des renseignements militaires de qualité pour pouvoir planifier et conduire des opérations hors du territoire.

À la DGSE, la Direction générale de la sécurité extérieure, le malaise est palpable. Insuffisamment sollicités par les politiques, les agents ne se sentent plus acteurs. La Direction stratégique s’estime sous-exploitée. Faute de se voir assigner de véritables objectifs par le pouvoir politique Comme le fit par exemple de Gaulle lorsqu’il décida de redonner à la France son rang de puissance mondiale ou comme le font aujourd’hui les services russes, FSB et SVR, qui concentrent leur action sur l’économie l’agence ronronne et ses analyses tombent souvent à plat.

Besoin d’objectifs politiques

Ces lacunes sont censées être comblées par le Conseil national du renseignement et le coordonnateur à l’Élysée qui sera chargé d’évaluer, de trancher et de fournir une appréciation autonome au chef de l’État. Mais aussi de mutualiser les services et de concentrer les moyens pour améliorer l’efficacité des agences. Mais, dans les milieux concernés, certains en doutent. Ils rappellent que derrière la nébuleuse du renseignement se cachent des réalités très diverses, qui utilisent des outils et des sources différentes et qu’il sera difficile de développer des synergies. Dans le cas particulier de la DGSE, dont la spécialité est l’action clandestine à l’étranger, certains estiment qu’il faudrait surtout, pour que la machine puisse repartir, que la France ait une politique étrangère moins floue et moins éclatée, affichant des objectifs clairs. Le coordonnateur de l’Élysée pourra-t-il fournir cette impulsion ?

Le secteur du renseignement (ici, la base militaire de Lyon Mont Verdun chargée de la détection des avions survolant le sol national) est l’un des rares au sein de l’armée française à s’être vu promettre davantage de moyens humains et techniques. Crédits photo : AFP


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