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Nicolas Sarkozy redéfinit la politique de défense pour les quinze années à venir

Laurent Zecchini, le Monde

lundi 16 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Attendu avec appréhension par une institution militaire qui anticipe des économies drastiques en matière d’effectifs et d’équipements, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale devait être présenté mardi matin 17 juin par Nicolas Sarkozy. Sa vocation est de définir les grandes priorités de la politique de défense de la France pour une quinzaine d’années.

Parmi les cinq fonctions autour desquelles s’articule le Livre blanc, celle qui concerne la "connaissance et l’anticipation", c’est-à-dire toutes les fonctions du renseignement, bénéficie d’une nette priorité, avec à terme un doublement des crédits qui lui sont consacrés. Il s’agira à bien des égards d’un rattrapage, les "services" français accusant un net retard par rapport à leurs homologues britanniques et allemands.

"Historiquement, rappelle le général Michel Masson, directeur de la DRM, le renseignement n’a jamais été considéré, en France, comme une fonction majeure dans les armées." Selon les chiffres des rapports parlementaires, en 2008, les effectifs des principaux services français chargés du renseignement atteignent 9 500 postes (1 680 postes pour la DRM) pour un budget officiel de 744 millions d’euros.

A périmètre comparable (sans le renseignement intérieur ni les renseignements douanier et financier), les effectifs sont de 16 500 personnes (dont 3 750 pour le renseignement militaire) en Allemagne, et de 13 400 en Grande-Bretagne (dont 4 200 pour le renseignement militaire), avec un budget britannique de 3,31 milliards d’euros. L’espace va profiter de cet effort en faveur du renseignement, avec un doublement des crédits, au profit de capacités de détection et d’alerte avancée (satellites d’imagerie et d’écoute électromagnétique), des radars et des drones.

Une nouvelle fonction de coordinateur national du renseignement (poste confié à Bernard Bajolet, actuel ambassadeur de France en Algérie) sera créée auprès du chef de l’Etat, avec un Conseil national du renseignement réunissant les ministres intéressés, et un Conseil de défense et de sécurité nationale.

Les quatre autres fonctions du Livre blanc sont plus classiques : la prévention, la dissuasion, la protection et l’intervention. Entourée d’un luxe de précautions (son contenu était considéré "confidentiel défense"), la publication du Livre blanc a été précédée d’indiscrétions, et surtout d’une série d’initiatives présidentielles qui ont partiellement défloré son contenu.

"LE RETOUR DE LA FRANCE DANS L’OTAN CONSTITUE L’OBJECTIF UNIQUE DE SARKOZY"

Parmi celles-ci, le discours de M. Sarkozy sur la dissuasion nucléaire à Cherbourg, le 21 mars, la perspective de plus en plus avérée d’une réintégration de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN, la création d’une base française à Abu Dhabi, la remise à plat des accords de défense et des implantations en Afrique, le renforcement de la présence militaire en Afghanistan, la politique spatiale, la vaste réorganisation de la carte militaire en France avec de nombreuses fermetures de régiments et une réduction des effectifs qui devrait concerner 54 000 hommes et femmes.

Les travaux de la commission du Livre blanc ont été émaillés de la démission des deux parlementaires du Parti socialiste. Lundi 16 juin, les spécialistes des questions de défense du PS devaient se livrer à une critique en règle des conclusions du Livre blanc. Ainsi, pour Paul Quilès et Louis Gautier, il est tout d’abord regrettable que cette initiative "n’ait pas été réalisée d’emblée dans un cadre européen". Ils estiment que la Commission s’est révélée être "une opération téléguidée par Nicolas Sarkozy", "les véritables décisions étant prises à l’Elysée".

La revue générale des politiques publiques (RGPP), soulignent-ils, "en supprimant garnisons et emplois, façonnera de fait notre nouveau modèle d’armée et influera de manière bien plus décisive que le Livre blanc sur le futur de nos armées. Le gouvernement a inversé la logique de travail, les conclusions du Livre blanc venant finalement confirmer et justifier les décisions de la RGPP".

Paul Quilès et Louis Gautier estiment que le "retour de la France dans l’OTAN constitue l’objectif unique mais également l’erreur principale", Nicolas Sarkozy "ayant fait le choix de s’aligner sur une administration Bush finissante, contre la perspective de créer une Europe de la défense".

Ils insistent enfin sur le fait que le Livre blanc ne propose "ni plus de moyens, ni plus de cohérence, ni plus de visibilité". Cette absence d’analyses conduit selon eux la Commission à envisager des réponses "trop sécuritaires et militaires".

Le chef de l’Etat veut rassurer les militaires

Nicolas Sarkozy s’exprime mardi 17 juin devant plus de 3 000 militaires rassemblés à la porte de Versailles. Il se rend dans l’après-midi sur la base aérienne 110 de Creil (Oise), où il visitera les installations de la direction du renseignement militaire (DRM). Il a adressé, le 30 mai, une lettre personnelle aux 320 000 militaires et personnels de la défense, assurant que"les économies dégagées seront intégralement réinvesties dans la défense".


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