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Le renseignement, nouvelle priorité stratégique

Romain Rosso, lexpress.fr

lundi 16 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Nouvel organigramme du renseignement, renforcement des équipements spatiaux pour détecter les tirs de missiles au plus vite : le Livre blanc met l’accent sur la nécessité de savoir et d’anticiper.

Comme prévu, le renseignement est la priorité du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui sera présenté par le président de la République le 17 juin et adopté en conseil des ministres le lendemain. La "connaissance et l’anticipation" constituent en effet la nouvelle -la cinquième- fonction stratégique des armées. C’est une innovation.

"Historiquement, le renseignement n’a jamais été considéré, en France, comme une fonction majeure dans les armées", soulignait récemment le général Michel Masson, patron la Direction du renseignement militaire.

"Dans un monde qui se caractérise par l’incertitude et l’instabilité, la connaissance constitue notre première ligne de défense", souligne le nouveau livre blanc. Cette décision se traduit par une nouvelle organisation des services et l’attribution de crédits supplémentaires aux moyens d’observations, notamment spatiaux.

Un conseil national du renseignement (CNR), présidé par le chef de l’Etat, définira les grandes orientations et fixera les priorités assignées aux six services de renseignement français, civils et militaires (1). Il sera animé par un "coordonnateur national", placé directement auprès de Nicolas Sarkozy. Son premier titulaire, l’ambassadeur Bernard Bajolet, 59 ans, rompu aux missions sensibles à Alger et à Bagdad, devrait être nommé dès juillet.

Cette novation consacre la primauté du président. Jusqu’à présent, cette tâche était assurée par le Comité interministériel du renseignement, un service du Secrétariat général de la défense nationale, dont l’Elysée n’était pas satisfait. "Il veillera sur les objectifs des services en temps réel", précise l’Elysée.

L’accent sera porté sur l’espace, dont les crédits vont doubler à l’échéance 2020 (ils sont de 380 millions d’euros en 2008). La France souhaite porter l’effort dans les domaines de l’imagerie et de l’écoute (satellites, capteurs embarqués sur les avions, drones, stations terrestres, navires). La France va se doter d’une nouvelle "capacité d’alerte avancée", visant à détecter les menaces balistiques.

Ce système de détection répond à trois objectifs : surveiller la prolifération nucléaire, déterminer l’origine d’un tir éventuel et favoriser l’alerte de la population. Il repose sur des capteurs spatiaux infra-rouge, pouvant détecter la chaleur dégagée par le moteur du missile juste après le tir, et des capteurs terrestres de type radar à très longue portée (3000 kilomètres) pouvant détecter le missile après l’extinction de son propulseur (voir le graphique). L’objectif est que le système complet soit opérationnel en 2020. Un programme probatoire sera lancé d’ici 2015.

D’âpres débats ont eu lieu au sein de la commission du livre blanc à ce sujet. La haute hiérarchie militaire a dû freiner les velléités des partisans du "tout spatial", afin de préserver le contrat opérationnel de l’armée de terre. Plusieurs membres la commission voulaient en effet réduire la capacité de projection -le nombre de soldats déployés à l’étranger en cas de crise grave- des forces terrestres à 15 000 hommes, ce qui lui aurait fait perdre toute crédibilité. Le livre blanc l’a finalement fixé à 30 000 hommes, déployables en six mois et pour une durée d’un an.

Enfin, la France va recruter de nouveaux espions, avec la création d’une "académie du renseignement".

(1) Quelques 12 000 personnes travaillent directement au sein des services de renseignement.

Trois sont militaires :

- La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) est le service de renseignement extérieur de la France (espionnage).

- la Direction du renseignement militaire (DRM) collecte le renseignement d’intérêt militaire et opérationnel

- la Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) veille à la sécurité du personnel, des informations, des matériels et des installations sensibles relevant de la défense nationale

Trois sont civils :

- La Direction centrale du renseignement intérieur, dépendant du ministère de l’Intérieur, fusion de la DST et des Renseignements généraux

- La Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières et financières (DNRED) et le service de traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins (Tracfin), dépendent du ministère du budget.


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