mardi 12 décembre 2017

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L’explosion du marché des drones

Laurent Zecchini, le Monde

mardi 17 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Les aéronefs sans pilote sont la "nouvelle frontière" stratégique. Ce n’est pas un hasard si les drones, ou UAV (Unmanned Aerial Vehicles), sont l’un des points forts du Salon Eurosatory des industries de défense, qui s’est ouvert lundi 16 juin, à Paris-Nord Villepinte.

Leurs utilisations civiles sont nombreuses, comme la sécurité en milieu urbain, la surveillance des forêts, des mers et des rivages, et du trafic routier. Mais c’est surtout dans le domaine militaire que l’on assiste, depuis quelques années, à une explosion du marché des drones. La palette de leurs missions potentielles est multiforme : observation et surveillance, écoute des signaux électromagnétiques, détection de missiles balistiques, sans compter le relais de communication, l’illumination de cibles, le brouillage, enfin, le bombardement, demain peut-être, le combat aérien.

Microdrone (moins de 100 grammes pour le Black Widow), voire nanodrone (projet américain d’un drone de 8 grammes comportant un système de guidage, de navigation, de communication et de vidéo...), drone tactique ou stratégique, la galaxie de ces engins volants semble sans limites.

Près de quatre-vingt-dix pays ont aujourd’hui équipé leurs armées de ces aéronefs, dont l’atout sur le champ de bataille, outre le fait de ne pas mettre en danger des pilotes et de rester bien plus longtemps sur zone qu’un avion, est de raccourcir le délai entre l’observation, la décision et l’action. Utilisés en réseau, ils transmettent leurs informations par un maillage de liaisons de données à des stations au sol parfois situées à des milliers de kilomètres du théâtre d’opérations. Les Etats-Unis, mais plus encore Israël (avec les engins Pioneer, Hunter, Heron, Eagle), ont été les pionniers en matière de drones d’observation et armés. Si les premiers aéronefs de ce type datent des années 1950, l’armée américaine a commencé à utiliser massivement les drones Firebee pendant la guerre du Vietnam.

Les Israéliens ont ensuite mis au point le Pioneer, puis vint le GNAT américain dans les années 1990, précurseur du Predator, le plus répandu et le plus connu des UAV armés depuis qu’un de ses missiles a pulvérisé le véhicule d’un chef d’Al-Qaida, au Yémen, le 5 novembre 2003. Depuis, le Predator A est omniprésent en Irak et en Afghanistan, mais il n’est plus seul : le Reaper (Predator B, 10 millions de dollars pièce) peut emporter quatre missiles air-sol Hellfire et deux bombes de 500 kg, ou 14 missiles Hellfire.

"DÉSHUMANISATION DE LA GUERRE"

Le Global Hawk est une véritable station volante d’observation, avec un rayon d’action jusqu’à 3 000 kilomètres, une autonomie de 24 à 36 heures, à une altitude atteignant 20 000 mètres. Mais son coût (60 millions de dollars pièce) incite à l’utiliser avec précaution. C’est pour cela que si quelque 1 500 drones volent en permanence au-dessus de l’Irak et de l’Afghanistan, la plupart sont moins sophistiqués et d’utilisation plus souple.

C’est aussi parce qu’il s’agit de théâtres où la défense antiaérienne (missiles sol-air), principal point de vulnérabilité des drones, est marginale. Les Américains ont multiplié le nombre des bénéficiaires de la moisson recueillie par leurs drones : dans ces deux pays, plus de 1 500 stations Rover, de la taille d’un ordinateur portable, permettent aux fantassins d’avoir accès à des images en haute résolution jusque-là réservées aux états-majors.

La marine n’est pas oubliée, avec les drones à voilure tournante (mini-hélicoptères sans pilote) pouvant être utilisés à partir d’un bateau, comme le Fire Scout américain et le drone Orka-1200 d’EADS. Il y a dans les cartons de la Darpa, l’agence de recherche et développement du Pentagone (l’équivalent de la DGA française), des projets plus ambitieux encore, comme le Blackswift, un drone qui devra être capable d’accélérer jusqu’à Mach 6...

Ces performances technologiques ne sont pas tout : le fait de pouvoir diriger un Predator au-dessus de l’Irak ou de l’Afghanistan à partir d’une station au sol situé au Nevada n’est pas sans conséquences pour l’évolution des conflits. "L’éloignement émotionnel du champ de bataille implique certes moins de stress pour le pilote, mais aussi peut-être moins de retenue dans l’utilisation de la violence", estime Michel Asencio, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, qui note : "La culture des jeux vidéo habitue les cadres et les futurs décideurs à une déshumanisation de la guerre."

Qu’en sera-t-il demain lorsque l’ennemi ne sera plus perçu qu’à travers des senseurs électroniques, c’est-à-dire sans pouvoir appréhender ce "brouillard de la guerre", cher à Clausewitz ? Nul ne connaît les limites de cette révolution, qui prendra peut-être, dans le futur, la forme d’une guerre robotisée à l’aide de drones de combat (UCAV), mais une chose est sûre : elle est en marche.

LE MATÉRIEL DE L’ARMÉE FRANÇAISE

- LE SDTI

ou système de drone tactique intérimaire. Il est actuellement déployé au sud du Liban et au Tchad par l’armée de terre, mais il n’est pas encore utilisé. Drone lent (135 à 220 km/h), propulsé par une catapulte pneumatique, il est doté de caméras adaptées pour les visions diurne et nocturne (infrarouge). Ses missions sont le renseignement et l’acquisition d’objectifs.

- LE SIDM

ou système intérimaire de drone MALE (moyenne altitude, longue endurance). Il a pour fonction des missions de surveillance, de reconnaissance, de poursuite et de désignation d’objectifs au-dessus de territoires hostiles, et d’illumination laser de cibles. Il devrait être mis en service opérationnel fin 2008 dans l’armée de l’air.

- LE DRAC

ou drone de renseignement au contact. Il est portable par un fantassin. Considéré comme des "jumelles déportées", il permet au soldat de visualiser en temps réel des images prises en vol. Sa portée est de 10 km. Il devrait commencer à être déployé prochainement au sein de l’armée de terre.

- LE PROGRAMME NEURON

C’est un démonstrateur technologique de drone de combat (UCAV) financé par la France, en collaboration avec la Suède, l’Italie, l’Espagne, la Grèce et la Suisse.

- LE PROJET LIBELLULE

Véritable "oeil déporté du soldat", ce nanorobot volant de 6 cm est un projet de recherche de la délégation générale pour l’armement (DGA), confié à la société SilMach. Sa vocation est l’observation et la reconnaissance en toute furtivité.


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