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EADS et Thales gagnants du Livre blanc, DCNS sous pression

Reuters

mercredi 18 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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EADS et Thales devraient être les principaux bénéficiaires du Livre blanc de la défense tandis que les chantiers navals DCNS et, dans une moindre mesure, Dassault Aviation pourraient subir des arbitrages défavorables lors des prochaines lois de programmation militaires (LPM), selon des experts interrogés par Reuters.

Les travaux de la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, censé définir la doctrine militaire française au cours des 15 prochaines années, relancent également les perspectives de consolidation en Europe alors que les programmes militaires d’envergure deviennent toujours plus onéreux.

"EADS et Thales sont les deux sociétés françaises les mieux à même de tirer avantage de ces consultations", a indiqué à Reuters une source proche du dossier, qui a requis l’anonymat. "Le premier contrôle Astrium (le lanceur des fusées Ariane, ndlr), développe l’avion de transport militaire A400M et construit des hélicoptères tandis que le second est présent sur toute la chaîne des métiers de la défense et de la sécurité", a-t-elle observé.

Le Livre blanc présenté publiquement mardi par le président Nicolas Sarkozy érige "l’anticipation" des risques et le renseignement en priorités, une première, alors que celui de 1972 avait mis en avant la dissuasion nucléaire et celui de 1994 la projection des forces.

EADS et Thales, avec des solutions différentes, sont concurrents sur le segment des drones de surveillance. Dassault Aviation oeuvre de son côté sur drone de combat expérimental "nEUROn."

"DCNS (contrôlé à 25% par Thales, ndlr) et Dassault pourraient se retrouver dans une situation plus délicate avec ce Livre blanc", a ajouté la source.

DCNS devait livrer 17 frégates européennes multi-missions (FREMM) à la Marine nationale. A ce jour, huit commandes fermes ont été enregistrées.

Le report à 2011 d’une décision concernant l’opportunité d’un second porte-avions, devant également être construit par DCNS, est de nature à geler la suite des commandes de FREMM, celles-ci étant utilisées au sein des unités aéronavales, autrement dit des groupements de bateaux qui assurent la sécurité des porte-avions en mer.

Dans le cadre de son dispositif aérien, la France souhaite par ailleurs être en mesure de déployer 70 avions de combat en 2020 alors que la projection initiale était de 100 appareils.

Si le ministère de la Défense n’envisage pas, pour le moment, de revenir sur le nombre de Rafale commandés à Dassault (120 fermes), le rythme de livraison annuel devrait être revu à la baisse, selon la source, un étalement dans le temps qui représente un manque à gagner à moyen terme pour la société.

Quant au fabricant public d’armement terrestre Nexter (ex-Giat), les spécialistes parient sur une réduction du nombre de véhicules blindés de combat d’infanterie (VBCI) fabriqués avec Renault Trucks Défense.

En théorie, 700 engins de ce type devaient intégrer l’armée de terre. La Direction générale de l’armement (DGA) fait état à ce jour de 182 unités commandées.

CONSOLIDATION DEJA A L’OEUVRE

"Pour maintenir des compétences en Europe, des rapprochements seront nécessaires pour faire face à la flambée des coûts et au manque de moyens des Etats", estime Arald Liberge-Dondoux, analyste défense auprès de CM-CIC Securities.

"Si les nations ne sont pas prêtes, la consolidation se poursuivra d’abord via de grands partenariats industriels", ajoute-t-il.

Plusieurs grands groupes de la défense collaborent déjà sur plusieurs segments clefs, à l’instar de Safran et de MBDA - filiale de d’EADS, BAE Systems et Finmeccanica - dans les missiles.

En 2007, Denis Ranque, P-DG de Thales, estimait qu’il existait des synergies évidentes entre son entreprise et le groupe italien Finmeccanica dans le secteur spatial . Ils contrôlent déjà conjointement la société de satellites Thales Alenia Space (Thales 67% et Finmeccanica 33%), concurrent européen d’Astrium, une filiale d’EADS.

Nicolas Sarkozy a souhaité mardi "encourager partout la coopération et les rapprochements pour former des groupes européens de taille suffisante au niveau mondial."

"C’est effectivement le sens de l’Histoire mais la donne est peu susceptible de changer à court terme, il y a aujourd’hui encore trop de blocages politiques", tempère Pierre Boucheny, responsable de la recherche chez Kepler Equities.

Pour atteindre l’objectif du président de la République, les entreprises et les Etats devront effectivement remiser leurs susceptibilités nationales. Les difficultés récentes du groupe EADS, terrain d’affrontements réguliers entre Français et Allemands, ne sont qu’une illustration de cet impératif.

Edité par Jean-Michel Bélot


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