jeudi 19 octobre 2017

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Berlin ne veut pas de Sagem

Marie de Vergès, le Monde

jeudi 19 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Une entreprise stratégique aux mains d’investisseurs étrangers : une telle idée est loin de susciter l’enthousiasme à Berlin. Mais le français Sagem fait peu de cas des réserves à peine voilées du gouvernement allemand : le groupe d’électronique et de télécommunications a des vues sur l’imprimerie nationale allemande. La Bundesdruckerei qui imprime billets de banque et passeports est à vendre.

La date limite de dépôt des offres est fixée au mercredi 18 juin. "Nous sommes intéressés et nous continuons à participer au processus de sélection", a confirmé Philippe d’Andréa, patron de la filiale allemande de Sagem, Orga, au quotidien Süddeutsche Zeitung du 17 juin.

Mais pour Berlin, l’imprimerie, privatisée depuis 2000, est une entreprise aux activités dites "sensibles", qui relève de la sécurité nationale. Le "Fort Knox de la République fédérale", comme l’a décrite le quotidien de gauche berlinois Tageszeitung. Une solution "nationale" est donc privilégiée dans les rangs politiques. La société munichoise Giesecke & Devrient, spécialisée dans l’impression de billets de banque et de cartes à puce, figure en bonne place parmi les candidats au rachat.

Le cas de la Bundesdruckerei est symptomatique du patriotisme économique en vigueur aujourd’hui outre-Rhin. Berlin prépare une loi visant à protéger les entreprises locales des investisseurs étrangers. Surtout si ceux-ci sont suspectés de vouloir mêler intérêts industriels et politiques. Or Sagem est une filiale de Safran dont l’Etat français est le premier actionnaire, à hauteur de 30,4 % du capital.

Selon le dispositif à l’étude, tout projet d’acquisition de plus de 25 % d’une entreprise allemande dite "stratégique" devra être notifié au gouvernement. Lequel pourra opposer son veto.

Concernant l’imprimerie nationale, l’Etat souhaite d’ailleurs racheter lui-même 25,1 % du capital pour s’assurer une minorité de blocage. Un moyen d’empêcher une réédition du scénario qui a conduit la Bundesdruckerei au bord de la faillite. Deux ans après avoir été vendue au fonds d’investissement Apax, en 2000, l’ancienne société publique, lourdement endettée, a été mise en liquidation. Des administrateurs judiciaires l’ont finalement rachetée en 2002 pour 1 euro symbolique.

Depuis, les comptes ont été assainis. Surtout, l’Etat lui a confié la fabrication des nouveaux passeports électroniques. Une commande lucrative qui attise la convoitise des repreneurs potentiels. Mais qui, en même temps, renforce la méfiance de Berlin, soucieux de la protection de ces données sensibles.

Pour autant, Berlin, au regard du droit européen de la concurrence, ne peut s’opposer formellement à une offre de Sagem. Le français n’hésiterait pas à s’allier à un allemand pour appuyer son offre qui, à y regarder de plus près, n’est pas si franco-française. Orga a en effet appartenu autrefois... à la Bundesdruckerei. Vendue par Apax à l’entreprise familiale Günther, la société allemande a finalement été rachetée par Sagem en 2005.


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