lundi 23 octobre 2017

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L’ONU sur la piste des secrets nucléaires syriens

Pierre Prier, le Figaro

dimanche 22 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Les limiers de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) doivent examiner les restes d’un bâtiment bombardé l’an dernier par Israël.

La Syrie se prépare dans la nervosité à recevoir, ce dimanche, les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le numéro deux de l’agence onusienne, Olli Heinonen, aura la lourde tâche de dire si la Syrie a ou non essayé de se doter d’un programme nucléaire militaire. Les limiers de l’AIEA examineront un bâtiment situé sur le site d’al-Kibar (Est), détruit en septembre par l’aviation israélienne.

Selon les États-Unis, ce site abritait un réacteur nucléaire construit avec l’aide de la Corée du Nord. Damas nie et affirme vouloir jouer la transparence. « La Syrie a invité l’AIEA et va coopérer avec elle » ; elle permettra que la délégation « visite le site présumé », a assuré jeudi le président Bachar el-Assad.

Mais les inspecteurs ne verront pas tout ce qu’ils veulent voir, a aussitôt précisé le président. L’agence onusienne aurait demandé à se rendre sur deux ou trois sites supplémentaires. Bachar el-Assad refuse. « Nous avons intérêt à ce que l’agence visite le site, mais parler d’autres sites n’est pas conforme à l’accord », a-t-il dit. Pour l’analyste syrien Ibrahim Darraji, dans le journal El-Watan, « il est naturel que la visite se limite au site d’al-Kibar, qu’elle ne concerne aucune autre région du territoire syrien, en vertu de l’accord conclu avec l’AIEA et de la souveraineté et la sécurité nationale syriennes ».

En fait, toujours selon les États-Unis, il n’est pas certain que les inspecteurs trouvent quoi que ce soit à al-Kibar. Selon l’ambassadeur américain auprès de l’AIEA, Gregory Schulte, le site a été nettoyé. « Une grande partie des travaux a eu lieu de nuit », a-t-il dit début juin devant les gouverneurs de l’agence. Un nouveau bâtiment aurait été construit sur les ruines du premier. Ce qui expliquerait le délai de sept mois mis par la Syrie pour accepter la visite onusienne.

L’AIEA semble d’ailleurs se préparer à rentrer bredouille. « Nous n’avons pas de preuves que la Syrie dispose des ressources humaines qui lui permettraient de poursuivre un programme nucléaire d’envergure. Nous ne croyons pas que la Syrie possède du combustible nucléaire », a déclaré son directeur général, Mohammed Elbaradei.

L’avertissement indirect des Israéliens à l’Iran

Les États-Unis prennent moins de gants. « La réalité, c’est qu’il y a là-bas des preuves importantes de ce que la Syrie fait vraiment », affirme un porte-parole du département d’État américain. L’attitude israélienne n’aide pas à clarifier les choses. L’État hébreu s’est toujours gardé de confirmer son raid de septembre. Une discrétion calculée, selon un diplomate israélien : « Nous ne voulions pas humilier Bachar el-Assad. Je pense que ce comportement a aidé au lancement de négociations indirectes israélo-syriennes en Turquie. »

Comme le souligne Israël, la visite intervient à un moment délicat. Les négociations indirectes avec l’État hébreu accompagnent un début de retour en grâce de la Syrie sur la scène internationale. Après qu’il a « permis » l’élection d’un président de consensus au Liban, Bachar el-Assad sera invité à Paris pour l’inauguration de l’Union pour la Méditerranée, le 13 juillet, puis à la fête nationale, le lendemain. La reprise spectaculaire du dialogue franco-syrien a déplu aux États-Unis, qui cherchent toujours à isoler Damas.

Plus généralement, les accusations américaines interviennent dans une atmosphère d’escalade de la tension entre Israël et l’Iran, allié de Damas. Le New York Times affirmait vendredi qu’Israël avait répété en Grèce une éventuelle attaque aérienne contre les installations iraniennes. Plus d’une centaine de F 16 et F 15 israéliens ont réalisé cet exercice grandeur nature début juin. Les avions ont parcouru quelque 1 500 km au-dessus de la Méditerranée orientale et de la Grèce. La distance correspond à peu près à celle qui sépare Israël de la centrale iranienne de Natanz, où sont installées des centrifugeuses destinées à enrichir de l’uranium.

Le gouvernement israélien n’a ni confirmé ni infirmé. Selon un responsable militaire américain cité par le New York Times, les manœuvres avaient valeur d’avertissement : « Ils voulaient que nous sachions, ils voulaient que les Européens sachent, et ils voulaient que les Iraniens sachent. » La démonstration israélienne s’est achevée le 5 juin, la veille d’une interview choc du vice-premier ministre israélien et ancien ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, selon qui Israël « attaquera l’Iran » si Téhéran « continue à développer des armes nucléaires ». Des déclarations qui ne « représentaient pas la politique israélienne », avait dû préciser Israël à son allié américain. Les Syriens, quant à eux, ont dû se rappeler que l’attaque contre leurs installations avait déjà été présentée par des analystes militaires comme un avertissement indirect lancé à l’Iran.


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