dimanche 22 octobre 2017

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Un rapport dresse le portrait-robot des terroristes islamistes vivant en Occident

Isabelle Mandraud, le Monde

mercredi 25 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Leur profil est celui de gens "ordinaires", qui occupent des emplois "ordinaires" et mènent des vies "ordinaires", sans antécédents criminels. Et parce qu’ils sont "ordinaires", ces individus "ne sont pas sur le radar de la police". C’est l’une des conclusions du renseignement de la police de New York (NYPD), qui s’attache, dans une étude intitulée "Radicalisation en Occident : la menace intérieure", à décrypter la formation des membres de cellules terroristes islamistes. Fait rarissime : ce document de 94 pages a été traduit dans un excellent français, et le criminologue Alain Bauer, consultant du NYPD, l’a rapporté dans ses bagages pour le distribuer aux autorités françaises.

En un an, les différents services de police français, DST et sous-direction antiterroriste (SDAT) confondus, ont démantelé une demi-douzaine de ces cellules nourries à l’islam radical. Or, à travers douze cas pris sur le continent nord-américain, en Australie et en Europe, comprenant les poseurs de bombe de Londres en juillet 2005 et de Madrid en 2004, l’étude du NYPD constate une "uniformité remarquable dans les comportements et la trajectoire suivie". Son département renseignement, piloté par le commissaire David Cohen, qui emploie près de 2 000 agents dont quelques-uns sont en poste à l’étranger, estime qu’une "culture secondaire radicale" se développe "au sein des communautés musulmanes plus vulnérables de la diaspora." Depuis plusieurs années, elle donnerait naissance à un "djihad autonome" en Occident, ni commandé, ni contrôlé, ni même financé par Al Qaida, mais inspiré par le mouvement terroriste.

Le rapport décrit ainsi un processus en quatre étapes pour la constitution d’un groupe d’individus soudés réunis en cellule : pré-radicalisation, auto-identification, endoctrinement et djihadisation.

"INCUBATEURS DE RADICALISATION"

"La transformation d’un individu occidental en un terroriste, souligne la police new-yorkaise, n’est pas déclenchée par l’oppression, la douleur, la vengeance ou le désespoir." Elle l’est par mal-être, recherche d’identité, et notamment par "l’échec de l’Europe à intégrer économiquement et socialement les deuxième et troisième générations de ses immigrés", qui a "laissé beaucoup de jeunes musulmans déchirés entre l’occident séculaire et leur héritage religieux". Ce conflit intérieur, poursuit le document, rend particulièrement vulnérables des hommes de 15 à 35 ans "aux visées extrémistes (...) et à la rhétorique radicale qui est fortement diffusée et qui devient, en Occident, de plus en plus à la mode chez les jeunes". A un "choc moral" peut être associée "l’exposition chronique" à des crises politiques (Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie, Irak, Israël et Palestine). Les "cibles" se tournent alors vers une idéologie du "djihad salafiste". Toutes les couches sociales sont concernées.

Au cours du processus de radicalisation, tous ne deviendront pas terroristes, certains se dirigeront vers le combat sur les lieux de conflit, d’autres abandonneront. Mais ils ont tous fréquenté des "incubateurs de radicalisation" : lieux de prière (surveillées, les mosquées sont rapidement écartées), cafés, prisons, locaux d’association, librairies, bars à narguilé, et bien sûr, Internet. C’est là que se constitue le groupe, et qu’un "mentor", ou un chef opérationnel, se dégage.

En France, les deux dernières cellules démantelées par la SDAT, dans des affaires toujours en cours d’instruction, correspondent plutôt bien. Sur les sept personnes interpellées fin mars dans le sud du pays, trois ont été mises en examen et écrouées. Arsène Atonovic, 34 ans, Français né en Bosnie, était poseur de cheminées, Kamel Ouali, 26 ans, né à Carcassonne, était ajusteur, et Mickaël Aliane, 34 ans, né en France, était ouvrier frigoriste. Le trio s’entraînait pour partir à l’étranger et avait immergé, dans le canal du Midi, deux fusils d’assaut, un pistolet mitrailleur, un automatique et des munitions en quantité. Ils étaient en relation avec un autre réseau, dans le Doubs, démantelé en novembre 2007 et dans lequel figuraient plusieurs Français d’origine bosniaque.

En deux étapes, deux autres cellules ont également été démantelées dans la région de Toulouse. Mais sur la dizaine de personnes interpellées, - l’une d’elles avait un "testament" dans lequel elle expliquait être prête à mourir -, une seule est écrouée et attend son procès. Français d’origine syrienne, Olivier Correl, qui possédait une sorte de ferme communautaire à Artigat (Ariège), faisait figure de guide spirituel du groupe. "Il est difficile de qualifier ce genre de réseau, qui se forme, s’entraîne et se prépare, mais qui n’a pas commis à proprement parler d’acte terroriste", explique un enquêteur.


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