mercredi 18 octobre 2017

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Militaires et lutte contre le terrorisme : attention, danger !

Jean Guisnel, Le Point.fr

jeudi 26 juin 2008, sélectionné par Spyworld

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Avec une constance digne d’éloges, le Centre d’étude en sciences sociales de la défense poursuit une exploration intelligente de terrains de recherche peu fréquentés. Sous des dehors austères - les dedans le sont également, parfois ! -, il publie des documents qui sont autant de repères fort utiles. À l’heure où le renseignement semble devoir prendre en France une nouvelle vigueur, les connaisseurs liront avec intérêt un ouvrage collectif consacré au rôle (très mal connu) des militaires contre le terrorisme (*). Philippe Bonditti, qui a dirigé ce travail collectif, note que l’attitude adoptée face au terrorisme est sans doute différente de part et d’autre de l’Atlantique, mais que les appareils de sécurité s’orientent vers la "construction d’une menace mondialisée partagée".

Ce point de vue n’est apparemment pas celui du patron de la CIA, Michael Hayden, qui voit pour sa part une divergence croissante entre les positions américaine et européenne. On peut admettre que les confluences sur l’analyse d’une menace peuvent parfaitement s’accommoder d’un désaccord sur la manière d’y faire face. Bonditti observe que dans quatre pays européens majeurs, tous frappés à des degrés divers par le terrorisme (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne), le terrorisme est perçu comme une "problématique de sécurité intérieure". Quand il est considéré aux États-Unis comme une problématique de sécurité "extérieure".

"Répondre aux nécessités de sécurité liées à un ennemi diffus"

La conclusion coule de source : la tradition européenne consiste à confier la lutte contre le terrorisme aux forces de police. Et aux États-Unis, aux forces armées. C’est justement ce qui change : "Le mouvement général qui s’opère est celui par lequel se dessine une forme renouvelée de maîtrise de la violence qui ne serait ni l’affaire exclusive des polices, ni celle des armées, ni exclusivement même si primordialement celle du renseignement, mais d’un appareillage de sécurité appelé à devoir se refondre pour répondre aux nécessités de sécurité liées à un ennemi diffus et invisible." Fluide, disent les Américains...

Cet ouvrage dense, sinon difficile mérite une lecture attentive et complète. Retenons que, dans ses recommandations, l’équipe de recherche suggère que notre pays continue à privilégier le renseignement humain sur le renseignement technique ; à laisser les polices prendre le pas sur les armées dans la lutte contre le terrorisme, et à préférer une approche judiciaire plutôt que guerrière. En matière d’intervention extérieure, ce groupe de recherche propose également de mieux distinguer, au niveau tactique, les conditions dans lesquelles les militaires français interviennent en Afghanistan.

Il s’agit dans ce cas d’être particulièrement prudent sur le rôle des forces françaises amenées à prêter main-forte à l’opération américaine antiterroriste Enduring Freedom, en préférant la mission de stabilisation pratiquée par la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité). C’est déjà ce que fait la France, mais il n’est pas interdit de souligner les risques qu’il y aurait à agir autrement. À l’heure où notre pays négocie son retour à part entière dans le commandement intégré de l’Alliance atlantique, on ne peut qu’approuver cette recommandation pertinente : "Il conviendrait de réaffirmer que les mesures de lutte contre les pratiques transnationales de violence [...] doivent en priorité revenir à l’Union européenne en tant qu’organisation politique par excellence, et non à l’Otan, organisation de sécurité dont la vocation doit demeurer régionale." Voilà, selon la formule consacrée, une utile contribution au débat !

Philippe Bonditti, Colombe Camus, Stephan Davidshofer, Emmanuel-Pierre Guittet, Jean-Paul hanon, Le rôle des militaires dans la lutte contre le terrorisme, Les documents du C2SD, n° 94, Centre d’étude en sciences sociales de la défense, 221 pages. ISSN : 1284-0211


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