lundi 23 octobre 2017

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Le retard d’Ariane 5 embarrasse les militaires

Julien Bourdet, le Figaro

mardi 27 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

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L’armée française attend le lancement de son premier satellite de télécommunications Syracuse 3.

L’armée française est suspendue à la réussite du prochain tir d’Ariane 5. La fusée doit en effet mettre sur orbite le satellite de télécommunication militaire Syracuse 3A. Prévu initialement pour le 29 septembre, le lancement a été repoussé de « quelques jours » à cause d’une panne grave et totalement inédite. Les équipes de Kourou doivent changer une pièce de la case à équipement, le compartiment qui contient toute l’électronique de bord du lanceur. Une fois dans l’espace, Syracuse 3A sera utilisé exclusivement par les militaires. Une première pour le domaine spatial militaire français, qui, bien que positionné loin derrière les États-Unis, compte bien affirmer avec ce lancement un peu plus encore son statut de leader en Europe.

Avec pratiquement deux ans de retard sur le calendrier, le nouveau satellite du programme français Syracuse, débuté en 1984, était très attendu : il doit apporter un changement considérable dans la stratégie de défense nationale.

Avec lui, la France compte rentrer de plain-pied dans ce que les Américains ont baptisé la guerre électronique, ou encore la guerre de l’information. « Celui qui gagne sur le champ de bataille, c’est celui qui a la maîtrise de l’information, qui transmet rapidement et prend une décision vite », explique Caroline Laurent, directrice du programme Syracuse 3 à la Direction générale pour l’armement (DGA). Le nouveau satellite français doit répondre à ces attentes : il permettra aux soldats de communiquer plus vite entre la France et les différents « théâtres d’opération » sur une grande partie du globe - la couverture de Syracuse 3A s’étend de la Bretagne à l’est de l’océan Indien. En 2006, Syracuse 3B devrait être lancé à son tour et élargir la zone couverte à l’Atlantique. La même année, le réseau de stations relais au sol devrait commencer à s’étoffer pour compter 600 stations en 2014 (contre 200 actuellement) implantées sur les bateaux, sous-marins, blindés, etc. Coût total du programme : deux milliards d’euros.

Le but est de pouvoir communiquer de n’importe quel point du globe. Le débit de transmission des informations (ordres, images, films...) a été multiplié par dix par rapport aux satellites actuellement en fonctionnement. Et surtout, l’armée ne sera plus dépendante des satellites de télécommunication civils comme c’est le cas actuellement. Les militaires utilisent en effet pour leur programme Syracuse 2 une partie des capacités de certains satellites de France Télécom. D’autre part Syracuse 3 est équipé d’un système de brouillage (dans le domaine des très hautes fréquences ou SHF) pour éviter tout piratage.

Une fois dans l’espace, Syracuse 3A viendra rejoindre les autres satellites de la flotte militaire française déjà en orbite : les satellites Hélios spécialisés dans l’observation et les microsatellites du programme électronique d’écoute Essaim, destiné à étudier la possibilité dans le futur d’intercepter des communications militaires - ce que font déjà les États-Unis. Les deux satellites Syracuse 3 constitueront ainsi le relais à la transmission de toutes ces informations.

Le lancement de Syracuse est crucial pour l’armée française. S’il survenait, un report à plus long terme du tir d’Ariane 5 mettrait la France en difficulté. Pour ses propres troupes d’une part : les bateaux postés dans l’océan Indien ne peuvent actuellement compter que sur un satellite britannique pour communiquer avec la métropole. Mais aussi pour les troupes de l’Otan.

La France s’est en effet engagée, dans un accord commun avec l’Italie et le Royaume-Uni, à fournir des moyens de transmission des informations militaires au début de l’année prochaine. En cas de retard, c’est la défense à l’échelle européenne qui en serait affectée.


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