jeudi 14 décembre 2017

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Pérou : l’omnipotent chef du renseignement sous Fujimori témoigne contre son ancien patron

AP

dimanche 29 juin 2008, sélectionné par Spyworld

Six mois après le début du procès pour meurtre d’Alberto Fujimori, peu de preuves ont été apportées pour confondre l’ancien président péruvien. Cela pourrait peut-être changer à partir de lundi avec le témoignage très attendu de son ancienne âme damnée, autrefois tout-puissant chef du Service national de renseignement (SIN) Vladimiro Montesinos et organisateur présumé d’un escadron de la mort qui a massacré 25 civils lors des violences entre l’Etat et les rebelles maoïstes durant les meurtrières années 1990.

Aujourd’hui âgé de 63 ans et purgeant une peine de 20 ans de prison pour corruption et vente d’armes vers la Colombie, entre autres, Montesinos fut un des personnages les plus influents de l’ère Fujimori et un des architectes de la guerre contre les rebelles du Sentier lumineux. Dépeint comme un homme de l’ombre sans scrupule aux réseaux fournis, ses prérogatives avaient de fait dépassé celles du président lorsque celui-ci fut renversé par un scandale de corruption en 2000 -dans lequel Montesinos était impliqué.

"Montesinos contrôlait les forces armées, la justice, les services du procureur général. Il avait des pouvoirs immenses", estime Fernando Rospigliosi, un politologue qui a été chargé de réorganiser les services de renseignement après la chute de Fujimori.

Montesinos a également été lié à tous les crimes dont est aujourd’hui accusé Fujimori. Un ancien membre de l’escadron surnommé "groupe Colina" a déjà témoigné qu’il avait vu son supérieur hiérarchique rencontrer Montesinos le jour après que les barbouzes, à la recherche d’éléments subversifs, avaient massacré les 15 convives innocents d’un barbecue à Lima, s’étant trompés de maison. Un garçon de huit ans faisait partie des victimes.

Fujimori, âgé de 69 ans, est accusé d’avoir autorisé cette opération ainsi que le meurtre de dix autres personnes, et encourt 30 ans de prison et 33 millions de dollars (21 millions d’euros) d’amende. L’ancien président (1990-2000) nie avoir jamais eu connaissance de l’existence de cet escadron et dément avoir organisé une guerre sale contre les rebelles maoïstes, qui a fait 70.000 morts mais qui lui a valu l’admiration de plusieurs de ses compatriotes. De son côté, Montesinos nie avoir été impliqué, accusant l’armée.

Même si Montesinos pourrait avoir intérêt à garder le silence -il encourt 35 ans de prison supplémentaires s’il est reconnu coupable d’avoir mis sur pied cet escadron- les procureurs espèrent tout de même que le témoin-vedette de ce procès très suivi au Pérou pourra les aider à faire tomber Fujimori.

Au cours d’autres procès, Montesinos a déclaré qu’il agissait sur ordre direct du président. Il l’a même défié un jour, alors que Fujimori, déchu, était parti en exil au Japon, patrie de ses aïeuls, de rentrer au Pérou pour répondre de ses actes devant la justice. Fujimori, qui a fini par être extradé par le Chili en 2007, affirme pour sa part que son éminence grise a trahi sa confiance.

"Si vous fréquentez Montesinos vous avez l’impression d’avoir affaire à un homme sincère, avec un visage aimable", avait-il déclaré depuis le Japon. "Mais derrière ce visage, nous savons que se cache une personne diabolique".

Les retrouvailles des deux hommes au tribunal, qui seront retransmises en direct à la télévision, sont donc très attendues. Ce sera leur première rencontre depuis 2000, lorsque Fujimori avait renvoyé Montesinos après l’apparition d’une vidéo montrant ce dernier en train d’acheter le soutien d’un parlementaire. Après la chute du gouvernement, chacun des deux hommes semblait soupçonner l’autre de vouloir le tuer.

Si Fujimori a reconnu au début de son procès que Montesinos "était un homme extrêmement capable en matière de renseignement", il s’est dit choqué des accusations visant son ancien collaborateur. Et il affirme qu’ils n’ont jamais été amis.

Pourtant, Montesinos a qualifié par le passé leur relation de "symbiose". Il s’était imposé dès le premier jour comme un élément incontournable de la machine Fujimori lorsqu’on avait fait appel à lui en 1990, alors qu’il exerçait encore la profession d’avocat au profit de trafiquants de drogue, pour tuer dans l’oeuf une enquête pour fraude fiscale qui menaçait de faire dérailler la première campagne électorale du futur homme fort de Lima.

Usant de ses contacts, il avait bouclé sa mission en trois jours, à la grande satisfaction de Fujimori, se rappelle Francisco Loayza, ancien analyste et conseiller de campagne qui a présenté les deux hommes. Loayza fait d’ailleurs partie de ceux qui pensent qu’à la fin du règne de Fujimori, "le vrai pouvoir au Pérou était Vladimiro Montesinos", comme il l’a écrit dans un livre paru en 1998.


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