dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > France > Trois anciens patrons se souviennent...

Trois anciens patrons se souviennent...

Propos recueillis par Stéphane Joahny, le Journal du Dimanche

mardi 1er juillet 2008, sélectionné par Spyworld

logo

Trois des anciens patrons du renseignement français ont confié au JDD quelques-uns des souvenirs les plus marquants de leur carrière à la tête des Renseignements généraux.

Philippe Massoni (1986-1987) : "Le Caddie de Nathalie Ménigon"

"Si, dans le passé, les mouvements sociaux monopolisaient l’attention, aujourd’hui, le problème majeur est clairement le terrorisme. Il faut se doter de tous les moyens pour lutter contre ce fléau. En élargissant le champ de compétences de la DST et en s’appuyant sur la couverture du territoire des RG, je crois que la DCRI est une structure adaptée. Je n’ai pas de mauvais souvenirs de mon passage à la tête des RG. Je ne retiens que la valeur des hommes et leur finesse d’analyse, qui ont permis d’informer le gouvernement, de prévenir les conflits, de prendre le pouls de l’opinion publique et d’éviter ainsi à nos dirigeants de faire des bêtises. Au chapitre des grandes satisfactions, je citerai l’arrestation des membres d’Action directe en 1987 dans une ferme de Vitry-aux-Loges (Loiret). C’est grâce à une information recueillie le jeudi par les RG que nous avons pu surprendre Nathalie Ménigon le samedi après-midi dans un supermarché. Elle avait rempli un Caddie, de quoi nourrir plusieurs personnes. Ce qui nous a incités à la laisser rejoindre les autres. Avant que le Raid ne donne l’assaut."

Jacques Fournet (1988-1990) : "Shapour Bakhtiar assassiné"

"C’est quasiment le projet que j’avais présenté en 1994. Charles Pasqua avait donné son accord de principe, mais le président Mitterrand avait jugé que ce n’était pas opportun. Il était pourtant temps, déjà, de réviser un système mis en place après-guerre. Mais, en France, on ne réforme qu’en cas de crise grave. Et puis cette fusion remettait en cause un certain nombre de carrières, de situations. On dit que les fonctionnaires des RG et de la DST ont deux cultures différentes. C’est vrai, mais je peux assurer, moi qui ai dirigé les deux boutiques, que dans la lutte contre le terrorisme ils ont la même ambition, celle de protéger les Français. Le pire souvenir de mon passage aux RG remonte à l’été 2001 quand Shapour Bakhtiar, l’ancien Premier ministre iranien, a été égorgé à Paris alors qu’il était protégé par un fonctionnaire des RG qui n’était autre que son fils. Le meilleur ? Avoir pu identifier une attaque menée par une entreprise étrangère contre une grande société française, et permettre à celle-ci de rester indépendante."

Yves Bertrand (1992-2004) : "Les peaux de banane après 1995"

"J’ai été contre cette fusion, mais j’ai évolué. A partir du moment où l’on a enlevé aux RG leur mission politique de suivi des élections, il n’y a plus besoin de deux services qui effectuent grosso modo le même travail. Mais c’est une grande réforme qui va demander beaucoup de talent, de prudence et de sagesse. RG et DST ont longtemps été concurrents. Le succès de la fusion dépendra beaucoup de la personnalité de Bernard Squarcini et de ses talents pour faire de la DCRI l’équivalent d’une DGSE de l’intérieur. Est-ce la fin des Renseignements généraux ? Tels que je les ai connus, sans aucun doute. Mais il y aura toujours une sous-direction de l’information générale. Localement, les préfets auront toujours envie d’être informés sur ce qui se passe dans leur département. Des mauvais souvenirs ? Ce sont toutes les peaux de banane que l’on s’est ingénié à glisser sous mes pas à partir de 1995 avec toutes ces convocations chez les juges qui m’ont donné une notoriété dont je me serais bien passé. Les bons souvenirs ? Ce sont toutes les informations que j’ai obtenues et que les autres n’avaient pas."


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :