lundi 23 octobre 2017

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Anthrax : le coûteux fiasco du FBI

Philippe Gélie, le Figaro

jeudi 3 juillet 2008, sélectionné par Spyworld

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Sept ans après le premier attentat bioterroriste, l’unique suspect obtient 6 millions de dollars de dédommagements du gouvernement.

L’affaire s’ajoutera au bilan de l’Administration Bush en matière de lutte antiterroriste. Sept ans après une série de lettres empoisonnées à l’anthrax, le fiasco de l’enquête est consommé. L’unique suspect, jamais inculpé faute de preuves, vient d’obtenir 5,82 millions de dollars du gouvernement en réparation du préjudice subi.

Le 18 septembre 2001, une semaine après les attentats de New York et Washington, des courriers contenant du bacille de charbon sont postés dans le New Jersey, adressés au Sun de Boca Raton (Floride), au New York Post et à la chaîne NBC à New York, ainsi qu’aux sénateurs Tom Daschle et Patrick Leahy à Washington. Il y aura cinq morts (un journaliste du Sun, deux membres du tri postal du Congrès, une vieille dame et l’employé d’un hôpital), dix-sept personnes contaminées, des milliers d’autres traitées aux antibiotiques.

C’est le début d’une des plus vastes enquêtes menées par le FBI. Baptisée Amerithrax, elle mobilise des centaines d’agents fédéraux, donne lieu à plus de 8 000 interrogatoires et 5 000 assignations à comparaître. Dix-neuf laboratoires testent l’anthrax pour en découvrir l’origine. Les pistes du terrorisme international sont explorées, plusieurs lettres contenant des menaces à tonalité islamiste examinées. Mais le poison appartient à la souche Ames, qui provient des États-Unis. C’est la seule certitude de l’enquête : elle mène à un centre de recherche de l’armée dans le Maryland, l’USAMRIID.

« Pas l’ombre d’une preuve »

Un personnage émerge alors, qualifié « d’individu digne d’intérêt » faute de pouvoir être désigné comme suspect : le Dr Stephen J. Hatfill, 54 ans, microbiologiste et spécialiste du bioterrorisme, consultant pour la CIA, le Pentagone et le FBI. Il a travaillé à l’USAMRIID pendant deux ans sur le virus Ebola. Son parcours comporte des zones d’ombre : formé au Zimbabwe et en Afrique du Sud, il se serait inventé un doctorat et aurait fait partie d’une unité militaire d’élite à une époque où les fermiers noirs étaient frappés par une épidémie d’anthrax. Sur son ordinateur, on trouve l’esquisse d’un roman racontant un attentat bioterroriste. C’est quasiment tout. Pendant des mois, le Dr Hatfill est placé sous surveillance jour et nuit, sans résultat. Il est suivi de si près qu’une voiture du FBI lui roule sur le pied. Un étang près de son domicile est vidé pour rien. Il est licencié de son travail, désigné à la vindicte publique, mais de mise en cause formelle, point. En 2005, il se retourne contre le gouvernement qui a ruiné sa vie. Un juge finit par trancher : il n’y a « pas l’ombre d’une preuve » contre lui. Il touchera 2,82 millions de dollars tout de suite et 150 000 dollars par an pendant vingt ans. Cela ne lève pas le mystère sur la première attaque bioterroriste aux États-Unis : pas de coupable, pas d’arrestations, pas d’explication. Le dossier « reste actif et prioritaire », assure le département de la Justice. Mais l’assassin court toujours.


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