jeudi 14 décembre 2017

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EADS envisage de licencier M. Josserand après ses déclarations contre Thales

Gérard Davet et Fabrice Lhomme, le Monde

mardi 27 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Le groupe d’électronique et de défense Thales a annoncé, lundi 26 septembre, avoir décidé de porter plainte pour diffamation contre son ancien employé Michel Josserand et contre Le Monde .

Dans un entretien publié dans Le Monde daté du mardi 27 septembre, l’ancien PDG de la société Thales Engineering and Consulting (THEC), filiale de Thales, a dénoncé un système de corruption. M. Josserand estimait notamment que "Thales -devait- verser en commissions illégales entre 1 % et 2 % de son chiffre d’affaires global" . Licencié par Thales en janvier 2004, Michel Josserand a été embauché par le principal concurrent du groupe, EADS, en décembre suivant.

Dans un communiqué, Thales précise que le groupe "réitère son démenti formel à des accusations aussi mensongères que calomnieuses" . "De telles allégations portent un préjudice considérable au groupe Thales qui a mis en place les structures, les procédures et les contrôles indispensables au strict respect des règles du commerce international, et notamment, depuis 2000, de la convention OCDE sur la lutte contre la corruption" , ajoute Thales.

Dans un premier communiqué, le groupe avait rappelé que Michel Josserand avait été licencié "pour avoir commis des irrégularités dans le cadre d’un contrat pour la réalisation du tramway de Nice" et que l’entreprise avait "elle-même porté plainte pour corruption dans cette affaire" .

Le groupe européen d’aéronautique et de défense EADS, qui avait lancé en 2004 une tentative de reprise de Thales ­ et n’a pas complètement abandonné ce projet ­, a aussi réagi à l’interview de son salarié. Dans un communiqué publié lundi soir, le groupe a annoncé qu’il envisageait de licencier M. Josserand.

"EADS est extrê mement choquée par les nombreuses allégations fallacieuses de cet article autant que par les accusations portées à l’encontre d’une grande société partenaire de notre groupe" , dit le texte. "EADS considère que de telles déclarations caractérisent un comportement professionnel inacceptable qui ne peut que l’amener à envisager une procédure de licenciement" à l’encontre de M. Josserand, ajoute le communiqué, qui conclut que le groupe "n’exclut pas d’engager d’autres actions en tant que de besoin" .

Interrogé lundi soir, l’avocat de M. Josserand, Me François Lastelle, s’est déclaré "très surpris" par la réaction de l’employeur de son client, espérant qu’il s’agisse d’"un malentendu" . "Je n’ai rien vu contre EADS dans les déclarations de M. Josserand , explique Me Lastelle. J’espère que EADS ne va pas le lâcher comme ça, ce serait très surprenant de la part d’un groupe qui tient à son image de probité. Cela donnerait l’impression que Thales et EADS se sont mis d’accord pour des motifs inavouables."

Concernant la plainte en diffamation envisagée par Thales, l’avocat s’est dit "parfaitement serein" . "Nous fondons de gros espoirs sur l’enquête policière diligentée par le parquet de Paris. M. Josserand a livré de nombreux éléments de preuves aux enquêteurs" , a précisé Me Lastelle. Le conseil de M. Josserand a conclu en estimant que, "dans cette histoire, Thales est un peu l’arroseur arrosé. Ils ont voulu se débarrasser d’un gêneur, et ça leur revient dans la figure" .

Dans l’entretien qu’il a accordé au Monde, M. Josserand assure que Thales a mis en place, en 2000-2001, un "code d’éthique" destiné à "formaliser le versement de commissions" . Selon lui, le système mis en place afin de déjouer "d’éventuelles enquêtes policières ou judiciaires" est connu des "responsables de Thales international et, bien sûr, -de- la direction du groupe" .

D’après M. Josserand, "il y a des endroits" ou le versement de pots-de-vin est "inévitable" pour décrocher des marchés : "en Afrique, en Corée, en Grèce, en Italie" . "En France, cela dépend des intérêts politiques locaux ou nationaux" , assure l’ancien cadre dirigeant de Thales.


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