jeudi 19 octobre 2017

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L’affaire Surcouf tourne au vinaigre

Jean Guisnel, Le Point.fr

mardi 8 juillet 2008, sélectionné par Spyworld

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Dans l’affaire de la lettre anonyme signée du pseudonyme de Surcouf, critiquant le Livre blanc de la défense et publiée par Le Figaro , la chasse aux sorcières serait-elle lancée au ministère de la Défense, contrairement aux souhaits du général Jean-Louis Georgelin, qui a expressément demandé que cela ne soit pas le cas ? Toujours est-il que dans la journée, le site de Libération a révélé que les ordinateurs des stagiaires (colonels et capitaines de vaisseau) ayant effectué une année de stage de formation au Centre des hautes études militaires avaient été perquisitionnés par les enquêteurs de l’ex-Sécurité militaire, la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense). Cette information nous a été confirmée par une source militaire de haut niveau.

Dans l’après-midi, le site du Nouvel Observateur ajoutait un élément troublant, en affirmant que la composante chargée du contre-espionnage (DST) au sein de la nouvelle DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) aurait été chargée par Nicolas Sarkozy d’une enquête "en sous-main", "parallèle et non officielle".

Cette information est démentie de source autorisée au ministère de l’Intérieur, où l’on précise cependant : "La DST a téléphoné à la DPSD pour connaître ses éventuels soupçons. La DST a participé au Livre blanc, a donné en commission des éléments d’information extrêmement confidentiels, et souhaite savoir, à titre général, si les soupçons se portent sur des gens avec qui elle a discuté. Cela ne va pas plus loin. La DST n’est saisie de rien du tout..."

La tension monte

Dans l’entourage du ministre de la Défense Hervé Morin, on précisait lundi à la fois qu’il n’était pas "illégitime de chercher qui sont les auteurs du texte" et que "l’état d’esprit du ministre n’[était] sûrement pas de lancer une chasse aux sorcières". Hervé Morin a d’ailleurs exprimé un vif mécontentement (litote) en apprenant, voici une dizaine de jours, la perquisition au CHEM, et dont le général Jean-Louis Georgelin avait évidemment connaissance lorsqu’il s’est exprimé au micro d’Europe 1, le 4 juillet. Depuis qu’elle a été déclenchée, l’enquête de la DPSD n’a rien donné de probant, et les noms de trois officiers généraux - y compris celui dont la photo figurait pour illustrer l’article du Figaro , que toute l’armée de terre avait reconnu - et d’un civil en vue communiqués au politique se sont dans leur ensemble avérés fantaisistes. Mais le moulin à rumeurs est lancé, et les langues vont bon train.

De toute évidence, la tension monte autour de cette affaire, dans laquelle la justice n’a, à notre connaissance, été saisie d’aucune enquête. À quel titre pourrait-elle l’être d’ailleurs ? C’est sans doute la raison pour laquelle l’Élysée, comme son secrétaire général Claude Guéant l’a confirmé dimanche soir sur Europe 1, a confié une enquête à la DPSD. Statutairement, seul le ministre de la Défense peut démarrer ce type d’enquête, à moins que le directeur de la DPSD n’en prenne l’initiative au titre de sa mission générale. Sauf que ce service sera incessamment placé sous la coupe directe de Bernard Bajolet, coordinateur du renseignement installé à l’Élysée. Ce qui change tout... De deux choses l’une : ou bien les écrits de Surcouf sont graves, et la justice est saisie. Ou bien ils sont l’expression légitime d’un citoyen-lecteur anonyme du Figaro , éventuellement militaire, mais qui ne dévoile aucun secret, loin s’en faut. Il serait grand temps que les esprits se calment. Le politique serait assez bien avisé d’ordonner le cessez-le-feu...


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