dimanche 22 octobre 2017

Accueil du site > Défense > France > Le Général Jean-Louis Georgelin : "Nicolas Sarkozy a dissipé le malentendu (...)

Le Général Jean-Louis Georgelin : "Nicolas Sarkozy a dissipé le malentendu avec l’Armée"

RTL.fr

lundi 14 juillet 2008, sélectionné par Spyworld

logo

A l’occasion du 14 Juillet, le chef d’Etat-major des Armées répondait lundi matin aux questions de Philippe Corbé. Interrogé sur le message d’apaisement envoyé la veille par Nicolas Sarkozy aux militaires secoués par les vives critiques du chef de l’Etat après le drame de Carcassonne, le général Jean-Louis Georgelin a insisté sur le fait que le "malentendu" entre le Président et les militaires était désormais "dissipé". Il a démenti que l’ex-Direction de la surveillance du territoire (DST) ait ouvert une enquête pour identifier les membres de Surcouf, auteurs anonymes d’un réquisitoire contre le Livre blanc sur la Défense.

Philippe Corbé : Bonjour, Jean-Louis Georgelin.

Jean-Louis Georgelin : Bonjour.

Le Président de la République a envoyé, hier soir, un message aux Armées pour assurer de son estime, de son amitié et de sa confiance les 250.000 militaires. Est-ce que c’est parce qu’il y a un sentiment de malaise, de colère, d’indignation ? On parle même de grogne dans vos rangs, Général Georgelin.

Oui, je lis tout ça, j’entends tout ça. Le Président de la République a envoyé comme chaque année au 14 juillet un message aux Armées dans lequel il exprime sa confiance aux Armées et il remet l’incident de Carcassonne à sa juste place. Un malentendu s’était instauré avec une certaine complaisance autour des propos qu’il avait tenus à Carcassonne pour condamner ...

Il les avait traités d’"amateurs".

Il avait traité d’amateur des gens qui avaient fait une faute inexcusable et inacceptable et qui n’aurait jamais dû arriver.

Beaucoup de militaires s’étaient sentis visés, humiliés dans leur ensemble par ce qualificatif d’amateur.

Parce qu’il y avait eu un malentendu et ils avaient, en écoutant certains commentaires, compris que ce qualificatif visait l’ensemble de l’Armée de Terre et des Armées alors qu’il s’adressait naturellement aux responsables des portes ouvertes de Carcassonne.

Donc, le Président voulait effacer ce malentendu. Il voulait aussi finalement leur adresser une sorte de déclaration d’amour. Est-ce que le Président aime les militaires ? On sait qu’il aime les policiers, qui leur dit souvent. L’ancien ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, aime les policiers mais est-ce qu’il aime les militaires ?

Ecoutez, je suis le chef d’Etat-Major. Je suis donc le mieux placé pour observer, si je puis dire, le Président de la République dans sa fonction de chef des Armées. J’ai conduit sous sa direction deux opérations militaires à grands risques importantes : l’affaire du Ponant, les affaires au Tchad. J’assiste à tous les conseils restreints qui confirment ou qui prennent les grandes opérations s’agissant de nos opérations extérieures, et je vois à chacune de ces occasions la confiance qu’il me fait et la confiance qu’il fait aux Armées.

Le Président de la République est le chef des Armées et le lien entre les Armées et leur chef est un lien ancien qui remonte à l’Ancien Régime. C’est un lien un peu sacré qui repose sur la confiance dont vous parliez, est-ce que cette confiance est aujourd’hui malmenée ? Est-ce que c’est finalement pour ça que Nicolas Sarkozy a besoin de s’adresser aux militaires ?

Non, je crois que... Il y a eu à la suite, nous le disions tout à l’heure, de l’affaire de Carcassonne un certain malentendu, un certain désappointement et je crois que maintenant, ceci est derrière nous, et je crois qu’il faut que nous regardions devant.

Au-delà de Carcassonne, c’est pas lié à la personnalité, au style de Nicolas Sarkozy ?

Non, je ne crois pas du tout que l’on puisse présenter les choses de cette manière.

C’est lié peut-être aussi à la réforme militaire, une suppression de 54.000 postes qui passent mal dans vos rangs ?

Non, je crois, effectivement, que nous allons lancer une réforme profonde qui est le résultat d’une double impulsion, d’abord un Livre Blanc qui redéfinit notre stratégie à l’heure de la mondialisation ; et comme l’ensemble des autres ministères français, nous allons prendre notre part à la suite de la Revue générale des politiques publiques, à l’effort que nous devons tous faire pour réduire la Dépense publique française. C’est ce qu’explique la grosse partie des réductions d’effectifs qui sont devant nous.

Le Président de la République n’avait pas non plus du tout apprécié qu’un certain nombre d’officiers supérieurs, masqués derrière le pseudonyme Surcouf, publient une tribune dans "Le Figaro". C’était une tribune notamment pour critiquer sa réforme militaire. Une enquête de l’ancienne sécurité militaire avait été lancée. Est-ce qu’elle avance ? Est-ce qu’on sait maintenant qui sont ces officiers ?

Ecoutez, j’ai déjà eu l’occasion de dire qu’il ne me paraissait pas sain de faire une chasse aux sorcières dans les Armées, le ministre s’est exprimé là-dessus.

Pourquoi ? C’est l’impression qu’on en a dans l’Armée, que c’est une traque ?

Il y avait un certain nombre de maladresses qui avaient été...

Donc, un autre malentendu de Nicolas Sarkozy !

Non pas de Nicolas Sarkozy mais de la manière dont la DPSD commençait à faire cette enquête. Et j’ai fait valoir, ou disons j’ai exprimé mes réserves par rapport à ces méthodes et j’ai été entendu.

Donc, la DST donc la Police, dont on a dit qu’elle était chargée d’une enquête n’essaie pas de traquer les responsables de cette tribune dans "Le Figaro" ?

Ecoutez, le directeur de la DST s’est exprimé lui-même avant-hier sur ce sujet et a démenti qu’il y a eu quelque enquête que ce soit, ordonnée ou conduite par la DST.

Tout à l’heure, défilera sur les Champs-Elysées jusqu’à la tribune officielle, la promotion Antoine de La Batie, de l’école inter-armes de Coëtquidan, qui est baptisé du nom d’un des 58 soldats français tués dans l’attentat contre le Drakkar à Beyrouth en 1983, dans lequel était impliqué le régime syrien. Est-ce que ça n’est pas une atteinte comme le disent certains vétérans, une atteinte à la mémoire des soldats morts à Beyrouth ?

Ecoutez, je crois qu’il faut distinguer deux choses. Il faut distinguer les militaires qui conservent le souvenir de ceux qui dans leur rang ont donné leur vie dans l’accomplissement de leur mission. Et c’est la raison pour laquelle cette promotion de l’Ecole militaire inter-armes a donné le nom du lieutenant Antoine de La Bâtie à cette promotion et c’est dans ses traditions comme dans les défilés pour répondre rapidement à votre chroniqueur de tout à l’heure que nous puisons l’énergie pour remplir nos missions qui peuvent nous mener jusqu’à faire le sacrifice de notre vie. Il y a ensuite les décisions de la politique... Je tiens d’abord à vous faire observer que l’implication de la Syrie dans cette affaire n’a jamais été démontrée.

Est-ce que vous diriez comme Nicolas Sarkozy que c’est une erreur historique de considérer que la Syrie est responsable de l’attentat contre le Drakkar ?

Je viens de vous dire que la Syrie... Nous n’avons pas la preuve irréfutable de l’engagement de la Syrie dans cette affaire. Quant à l’attitude de tel ou tel par rapport à la présence de Bachar el-Assad, je vous renvoie aux propos très dignes de la mère du lieutenant Antoine de la Batie qui disait à l’un de vos confrères, hier : J’ai toujours rêvé d’assister au défilé du 14 juillet à Paris. Je suis aussi invitée à la garden party. Vous croyez que ça me rendrait mon fils si je n’y allais pas. Vingt-cinq années ont passé et le Liban ne va toujours pas bien. Ce serait formidable si les Présidents Sarkozy et el-Assad pouvaient enfin faire quelque chose pour la paix.

Vous ne craignez pas de mouvement de mauvaise humeur des militaires qui défileront, je ne sais pas... Un mouvement de tête pour détourner du regard...

Je n’ai absolument aucune inquiétude de cette sorte.

Donc, tout va bien dans l’Armée ?

Non. Je ne suis pas en train de vous dire que tout va bien dans l’Armée. Je suis en train de vous dire qu’un certain nombre de commentaires autour de deux affaires dont se sont régalés avec complaisance un certain nombre de gens. L’Armée française c’est autre chose. Pendant que nous parlons, c’est un sous-marin nucléaire qui patrouille, c’est 13.000 hommes à l’extérieur... Tout ça marche bien avec, naturellement, les difficultés que nous surmontons. Et je ne me reconnais pas dans les commentaires excessivement pessimistes que j’entends ici ou là.

Jean-Louis Georgelin, chef d’Etat-Major des Armées, le vrai patron de l’Armée après le ministre de la Défense et le Président de la République.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :