lundi 23 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Terrorisme : « L’initiative antiminarets peut être un élément (...)

Terrorisme : « L’initiative antiminarets peut être un élément déclencheur »

Cédric Waelti , TDG.ch

jeudi 17 juillet 2008, sélectionné par Spyworld

logo

Le brigadier Jean-Philippe Gaudin est le nouveau chef du renseignement militaire depuis juin.

Vous avez des contacts réguliers avec les services étrangers. Faut-il en déduire que les menaces qui pèsent sur la Suisse et ses voisins européens sont les mêmes ?

Dans l’ensemble, oui. Les attentats de Madrid peuvent très bien se produire à Zurich ou à Genève. Vous savez, avant l’Euro 2008, certains sites islamistes annonçaient des actions violentes en Suisse et en Autriche. Nous sommes donc obligés de nous préparer à une éventuelle attaque terroriste, même s’il est évident que les pays qui ont des troupes en Irak ou en Afghanistan sont certainement plus exposés que nous.

Est-ce que l’initiative contre les minarets accroît le risque d’attentat ?

Personnellement, je ne pense pas que cela change la stratégie des groupes armés organisés. En revanche, ce texte peut être l’élément déclencheur pour un ou plusieurs individus qui décident seuls, à l’échelle locale, de mener une attaque contre des intérêts nationaux. C’est le Service d’analyse et de prévention (SAP) qui collecte les informations sur le sujet.

A part le terrorisme, que craignez-vous ?

Aujourd’hui, il n’y a plus d’ennemis au sens propre du terme, mais plutôt des menaces et des risques, cette fois au sens large du terme. La grippe aviaire en fait partie. Même si actuellement, le suivi de la situation est en « low level », nous avons un plan d’action global pour contrer les effets d’une éventuelle pandémie en Suisse. Des troupes seraient mobilisées rapidement et différentes mesures de protection de la population entreraient en vigueur. Tous les matins à 8 h 30, on m’informe des développements à l’étranger et également des événements intérieurs qui pourraient aboutir à un risque et/ou à un danger pour le pays et ses intérêts.

Lors de cette séance, je reçois aussi un point météo, ce qui nous permet d’anticiper et de mobiliser des troupes de génie, d’aide en cas de catastrophe ou autres. En Suisse, tout comme dans le monde, le réchauffement climatique est aussi un facteur d’insécurité.

La menace informatique doit aussi être prise très au sérieux. Tous les systèmes de défense sont aujourd’hui visés par des cyberattaques qui n’émanent pas d’amateurs... D’autres sources de conflits sont également à prendre en compte, comme par exemple les ressources (énergie, denrées alimentaires), la désintégration des structures étatiques, les migrations, le crime organisé, le fanatisme religieux et idéologique, l’économie globale, l’augmentation constante des budgets militaires à l’échelle mondiale, en particulier aux Etats-Unis, en Asie du Sud et de l’Est, et au Moyen-Orient.

Est-ce que la collaboration est aisée entre les trois entités du renseignement suisse ?

Oui. Pour l’Euro 2008, les contacts avec le SAP ont été très bons. Avant d’envoyer des troupes à l’étranger, nous nous appuyons aussi sur les analyses globales du Service de renseignement stratégique (SRS). Entre les services, on partage donc les informations et on les coordonne. Mais il existe parfois des différences d’opinions que nous discutons afin de présenter aux autorités une seule analyse des risques.

Vous évoquez les missions des soldats à l’étranger. Récemment, le Conseil fédéral a décidé de rapatrier les officiers présents en Afghanistan. Sur la base de vos informations ?

Oui, en partie, mais avec la collaboration des autres services. Cet engagement n’avait plus rien à voir avec une opération de maintien de la paix. Je comprends la décision politique, mais en tant que militaire, elle est difficile. Un drapeau qui s’en va, c’est toujours une victoire de l’adversaire. A l’étranger, je sais par ailleurs que cette décision a été très mal comprise. Cela pourrait aussi interférer dans nos contacts avec les services étrangers. Trois services

Le Service de renseignement stratégique (SRS)

Rattaché au DDPS, il observe les menaces à l’étranger. Ses collaborateurs recueillent et transmettent aux autorités politiques des informations importantes pour la sécurité de la Suisse.

Le Service de renseignement militaire (SRM)

Produit le renseignement d’intérêt militaire. Sa mission est également la protection des troupes, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Le SRM ne mène aucune opération clandestine.

Le Service d’analyse et de prévention (SAP)

Fait partie du DFJP. Sa mission est de déterminer la menace que représentent le terrorisme, l’extrémisme violent, l’espionnage et la prolifération d’armes de destruction massive.

Du Montreux Jazz à l’armée

Jean-Philippe Gaudin, 46 ans, fait partie de cette nouvelle génération d’officiers de carrière qui a pris du galon sous Samuel Schmid. Ce Montreusien, qui habite aujourd’hui Payerne, a commencé sa vie professionnelle à l’Office du tourisme de Montreux. Amateur de musique, il a aussi travaillé pendant quelques années comme régisseur au Jazz Festival de Montreux. Passionné par le commandement, il suit en 1986 l’Ecole militaire de l’EPFZ et devient en 1987 instructeur des troupes mécanisées légères. En 2000, l’officier, père de trois filles, accomplit une mission qui va le marquer profondément : il dirige l’unité de soutien de l’OSCE en Bosnie-Herzégovine. Le Vaudois en gardera un goût prononcé pour l’engagement des troupes à l’étranger. De retour en Suisse, cet ancien champion de water-polo plonge dans le bain du renseignement. En 2003, il complète son cursus militaire au Collège de la défense de l’OTAN, à Rome. Jusqu’ici No 2 du renseignement militaire (SRM), il a achevé cette année la formation de l’Institut des Hautes Etudes de défense nationale à Paris, en juin. Tout en passant chef du SRM.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :