samedi 21 octobre 2017

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La Chine en alerte autour de la sécurité des JO

Arnaud de La Grange, le Figaro

mardi 22 juillet 2008, sélectionné par Spyworld

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Deux bus ont été attaqués dans le Yunnan alors que Pékin agite depuis plusieurs mois la menace terroriste.

Deux explosions mystérieuses, dans le sud de la Chine, sont venues lundi renforcer l’obsession sécuritaire qui entoure la préparation des Jeux olympiques, à moins de trois semaines de la cérémonie d’ouverture. Les attaques ont visé deux bus, au cœur de Kunming, la capitale provinciale du Yunnan. Les deux (ou trois, selon les sources) explosions, espacées de moins d’une heure, se sont produites tôt le matin. Elles ont fait au moins deux morts et une quinzaine de blessés. La police, qui a bouclé des quartiers entiers de la ville, a déclaré lundi que, d’après les premiers éléments de l’enquête, il s’agissait « d’actes délibérés de sabotage ».

Même si Kunming se trouve à plus de 2 000 kilomètres au sud-ouest de Pékin, et même si les explosions peuvent ressortir du simple fait divers aggravé, la nouvelle a eu un certain retentissement. Tout, en positif comme en négatif, est en effet aujourd’hui relié aux Jeux olympiques. Les jours qui viennent diront, ou ne diront pas si le black-out est fait sur l’affaire, si les explosions du Yunnan ont un quelconque rapport avec le contexte sensible du moment. Elles peuvent aussi relever d’une vendetta privée, de violences mafieuses ou de l’acte désespéré de citoyens arrivés au bout de leurs démarches de protestation. Samedi, dans ce même Yunnan, deux manifestants ont été tués par la police lors de violentes émeutes, à la suite d’un conflit opposant des agriculteurs et une compagnie productrice de caoutchouc. Au mois de mai dernier, trois personnes étaient mortes à Shanghaï dans l’incendie d’un bus provoqué par une explosion d’origine inconnue. La police était alors restée très vague dans ses explications.

La peur d’une action de la secte Falun Gong

Ces dernières semaines, Pékin a agité avec constance la menace terroriste, témoignant d’une réelle préoccupation induite par toute manifestation internationale mais semblant aussi vouloir justifier le renforcement très net de toutes les mesures de contrôle. Les activistes de la région musulmane du Xinjiang (nord-ouest) ont été particulièrement stigmatisés. Dernière annonce en date, les autorités chinoises viennent de déclarer avoir démantelé « douze cellules terroristes » depuis le début de l’année. Certaines d’entre elles auraient eu des projets précis d’attentats contre les JO. Sans présenter de véritables preuves, Pékin accuse les séparatistes ouighours du Xinjiang d’être liés aux djihadistes d’al-Qaida, mais leurs capacités d’organisation paraissent réduites. Selon Radio Free Asia, basée aux États-Unis, deux militants ouighours ont été exécutés récemment, une information qui n’a pas été confirmée officiellement. Les responsables chinois de la sécurité ont affirmé craindre aussi des actions de la part d’activistes tibétains et le Yunnan abrite des minorités tibétaines.

Autre menace désignée : celle des membres de la secte Falun Gong, dont les capacités de mobilisation clandestine donne des sueurs froides à Pékin. La semaine dernière, la presse japonaise a affirmé que les autorités chinoises avaient demandé à Tokyo de leur fournir des renseignements sur les adeptes de Falun Gong résidant au Japon. Le Japon est en effet un des seuls pays dont les ressortissants n’ont pas besoin de visa pour venir aux Jeux olympiques ; d’où les craintes d’infiltration de sympathisants du mouvement interdit par Pékin en 1999.

Récemment, les autorités chinoises ont promis une récompense pouvant aller jusqu’à 50 000 euros pour toute information fournie sur une menace pesant contre les JO. Et un « manuel antiterroriste » a été édité à l’usage des Pékinois. Le document explique notamment comment identifier des substances douteuses. Il décrit aussi dans le détail 39 situations d’urgence, allant de la prise d’otages à l’attentat nucléaire, en passant par la fusillade et l’incendie volontaire. La présence policière, très démonstrative, s’est considérablement accrue dans Pékin et les contrôles se sont multipliés, dans le métro comme en ville. Aux portes de la capitale, des check-points ont été établis pour contrôler les entrées.

D’une manière plus générale, les autorités redoutent toute poussée de fièvre en province, liée à l’évidente surchauffe sociale, ou toute manifestation spectaculaire dans la capitale, qui focaliseraient l’attention des dizaines de milliers de journalistes présents pour les JO. Des consignes pour désamorcer ces conflits ont été données aux autorités provinciales et le ménage est fait à Pékin des éléments potentiellement perturbateurs. Depuis quelque temps, les critères de succès des JO semblent avoir été revus à la baisse. Des Jeux « sans incidents » suffiraient à faire des Jeux réussis.


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