mercredi 18 octobre 2017

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Chine : les forces de sécurité mènent leur petite révolution

Arnaud de La Grange, le Figaro

lundi 28 juillet 2008, sélectionné par Spyworld

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La police chinoise s’est professionnalisée et a amélioré ses capacités d’intervention, bien qu’elle connaisse encore des problèmes d’organisation.

Des fiévreuses montagnes tibétaines aux provinces secouées par de violentes jacqueries, l’appareil de sécurité chinois n’est pas en mal de terrains d’entraînement. Mais les Jeux olympiques, manifestation internationale d’ampleur inédite en Chine, constituent à l’évidence un défi nouveau.

Pékin affirme avoir déployé plus de 100 000 hommes dans trois « anneaux de sécurité » ceinturant la capitale, une task force antiterroriste de masse. À l’évidence, la question des effectifs n’est pas un problème. Ou peut le devenir, justement, dans la difficulté à coordonner des forces aussi massives et culturellement marquées par l’hypercontrôle. « Les diverses forces de sécurité chinoises disposent aujourd’hui d’un réel savoir-faire opérationnel, confie un spécialiste du dossier, les in­connues tournent plus autour des capacités de réaction rapide de leurs chaînes décisionnelles, souvent dupliquées, sou­mises à des niveaux de contrôle très stricts et peu autonomes. »

En cas de problème, le responsable d’un site olympique pourra-t-il organiser en temps réel et avec efficacité la réponse ? Les informations et ordres ne risquent-ils pas de s’entrechoquer, entre les centres de décision dépendant de la ville de Pékin et ceux relevant du ministère de la Sécurité publique ? Autant de questions que beaucoup souhaitent voir rester sans réponse.

L’homme qui a la haute main sur l’ensemble du dispositif est Zhou Yongkang, ancien ministre de la Sécurité publique, promu l’an dernier au comité permanent du Parti communiste, le cœur du pouvoir chinois. À lui de coordonner ce vaste monde. Les ar­mées d’abord, même si elles ne sont pas en toute première ligne. Comme pour un sommet de l’Otan ou du G8, elles assurent la sécurité dans un périmètre élargi, en surveillant l’espace aérien ou déployant des navires au large de Qingdao, la ­ville des compétitions nautiques.

« Chiens à poil bleu »

Elles ont aussi reçu des missions spécifiques, comme la ­pré­vention des menaces NBC (nu­clé­aire, bactériologique et chi­mique) ou le déploiement de ­missiles sol-air autour du Stade national.

Les gros bataillons dépendent du ministère de la Sécurité publique, avec la police classique et la police armée populaire (PAP), lointaine cousine de notre gendarmerie mobile. La première ­force, celle des policiers traditionnels, surnommés ici les « chiens à poil bleu » en raison de leur uni­forme, suscite des commentaires contrastés. D’un côté, certaines de ses unités se sont professionna­lisées.

De l’autre, ses unités locales sont souvent accusées d’incom­pétence ou de corruption. « À l’ori­gine, la Sécurité publique post-révolutionnaire était avant tout char­gée du contrôle de la population et du maintien de la cohésion sociale, explique la même source, des missions qui n’ont pas disparu mais la formation politique a dû faire une place croissante à l’instruction technique, aux missions d’ordre public et de lutte contre la délinquance. » Une direction des investigations criminelles a ainsi été créée, ainsi qu’une unité d’élite d’intervention du type du Raid français, forte d’environ un millier d’hommes.

Plus de 600 000 hommes

L’élément central reste la police armée populaire (PAP), cette force à statut militaire mais qui dépend de la Sécurité publique, sans pouvoirs de police judiciaire toutefois. Forte de plus de 600 000 hommes, la PAP s’est elle aussi dotée de trois unités spéciales, bien équipées. Avec des missions principales relevant non pas du maintien mais du « rétablissement » de l’ordre, autrement dit quand l’affaire prend chaude tournure, pour la répression dure. « On peut penser qu’une tragédie comme celle de Tiananmen, avec une logique d’action et des moyens purement militaires, ne se produirait plus sur le même mode au­jourd’hui, confie un diplomate anglo-saxon, les forces de sécurité chinoises se sont dotées de moyens plus graduels et sont, pour certaines, de bon niveau. »

La petite révolution culturelle des forces chinoises est encore loin d’être terminée. Le parcours international tourmenté de la flamme olympique a montré que ses gardes rapprochés, issus de la PAP, pouvaient encore gagner en subtilité d’intervention. Des responsables étrangers des différents comités olympiques se plaignent de la rigidité de leurs interlocuteurs chinois chargés de la sécurité, peu rompus aux contacts avec l’extérieur. Ils doutent de leurs capacités de communication de crise, à l’heure où la sécurité ne peut plus être seulement une affaire de matraques et de fusils.


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