lundi 11 décembre 2017

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Orly, le métro et la DST cibles avouées d’islamistes

Patricia Tourancheau

vendredi 30 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Les terroristes présumés interpellés lundi auraient livré leurs objectifs aux policiers.

Un islamiste radical de Trappes (Yvelines), interpellé lundi lors de l’opération antiterroriste, aurait avoué aux policiers de la Direction de la surveillance du territoire (DST) que leur groupe appelé Ansar al-Fath (les Partisans de l’islam) « voulait faire sauter l’aéroport d’Orly, le métro parisien et le siège de la DST » rue Nélaton à Paris (XVe), assure un enquêteur. Ces déclarations viennent confirmer celles qu’a faites M’Hamed Benyamina aux policiers algériens, il y a quelques jours.

Membre de l’équipe repérée par la DST et les RG français, M’Hamed Benyamina, 34 ans, qui habite lui aussi à Trappes, avait été arrêté le 9 septembre à l’aéroport d’Oran en Algérie. Réputé proche du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien qui veut « porter le jihad en France », Benyamina aurait donc révélé ces trois cibles d’attentat à Paris aux services algériens qui en ont tiré une note confidentielle pour leurs homologues français.

Une cabale. Ce « renseignement sur des menaces sérieuses sur le territoire » parvenu mi-septembre à la DST, ainsi que le retour d’une « mission en Turquie » de l’autre chef supposé du groupe, Safé Bourada, ont déclenché le coup de filet du 26 septembre, trois jours avant le référendum de réconciliation nationale en Algérie.

Pour Me Salah Djemaï, l’avocat de Benyamina, « il s’agit d’une cabale, d’un coup monté, d’une alliance entre la DST et la Sécurité militaire algérienne, une opération médiatique destinée à renforcer le prestige d’un candidat à la candidature » (à l’élection présidentielle).

Safé Bourada, 35 ans, condamné à dix ans de prison en France pour son appartenance à un réseau islamique armé algérien qui a soutenu les attentats de 1995, avait recruté à l’époque Khaled Kelkal, petit voyou de Vaulx-en-Velin (Rhône) converti à l’islam dur en prison et devenu poseur de bombes. Cadre itinérant en Europe du GIA, Safé Bourada, originaire de Saône-et-Loire, servait d’agent de liaison, à l’instar de Rachid Ramda, le financier présumé de la campagne terroriste d’il y a dix ans à Paris, Lyon et Lille (incarcéré à Londres, pas encore extradé). Surveillé par les RG depuis sa sortie de prison en février 2003, Safé Bourada, qui a une base à Evreux (Eure), a quitté le pays pour l’Egypte en octobre 2004 afin d’étudier six mois dans une école coranique du Caire : « On l’a perdu de vue, mais on savait où il se trouvait, on l’a repris en chasse à son retour, dit un policier, lui et ses "frères" de Trappes. » Mais, le 11 juillet, trois « délinquants et criminels de droit commun réislamisés » de Trappes ­ dont deux « mis en attention » sur le fichier des personnes recherchées par la DST et les RG ­ se font interpeller à Paris de façon inopinée par la brigade anticriminalité en train de racketter une prostituée « pour financer la cause » : « La sécurité publique a bien travaillé mais ça nous a perturbés, dit un officier de renseignement, parce qu’on les surveillait et que les autres du groupe ont redoublé de prudence. » Les policiers ont néanmoins découvert chez les trois agresseurs de prostituées, mis en examen pour « extorsion de fonds et financement du terrorisme », un document fondateur de leur groupe Ansar al-Fath.

Syrie et Turquie. En revanche, M’Hamed Benyamina, qui vit avec sa femme à Trappes, a filé en Syrie où les services l’auraient repéré avec un leader de la mouvance Al-Qaeda (décédé depuis) avant de rejoindre l’Algérie. De son côté, Safé Bourada a mis les bouts pour la Turquie « afin de rencontrer des gens très intéressants pour nous », dit l’officier, avant de réapparaître début septembre. Safé Bourada est donc soupçonné d’avoir remonté un réseau islamiste armé qui « concoctait des projets d’actions terroristes sur le territoire ».

Sur les six suspects qui se trouvaient hier soir encore en garde à vue, « trois ou quatre » d’entre eux risquent d’être mis en examen aujourd’hui pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».

Si l’on en croit un commissaire de police, les enquêteurs de la DST qui viennent donc de recouper les déclarations de Benyamina en Algérie sont « désormais persuadés du sérieux de ces projets » terroristes dans le métro, à Orly et à la DST : « Ce groupe avait bien ciblé ces trois objectifs et avait l’intention de les frapper. Sauf que nous ne savons pas dans quel ordre, ni si c’était prévu dans trois semaines ou 48 heures. »

Les policiers n’ont toutefois rien découvert en perquisition qui accrédite la mise en oeuvre de tels actes, ni explosif ou produits pour les fabriquer, ni composants électroniques ou minuteur.

Mais un spécialiste de la DST nous a rétorqué : « Ça fait bien longtemps qu’on ne s’attend plus à trouver des armes ou des explosifs en perquisition dans ces milieux-là. Avec les recettes de bombes qui circulent sur l’Internet, il leur suffit d’aller acheter 48 heures avant tous les ingrédients en vente libre chez un droguiste. »


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