jeudi 19 octobre 2017

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Le Pakistan rejette l’ingérence américaine

Apoorva Prasad, avec AFP

mardi 29 juillet 2008, sélectionné par Spyworld

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Le Premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani a appelé, lundi, les Etats-Unis à ne pas agir "unilatéralement" contre les militants islamistes au Pakistan.

Interrogé par la chaîne CNN sur ses discussions avec le président américain George W. Bush concernant un tir de missiles visant Al-Qaïda au Pakistan et soupçonné d’être d’origine américaine, il a déclaré : "Nous avons effectivement discuté du fait que cette action ne devait pas être menée par les Etats-Unis".

"Cela ne devrait pas être fait unilatéralement", a-t-il indiqué, ajoutant que s’il était avéré que ce tir était d’origine américaine, cela constituerait une violation de la souveraineté du Pakistan.

"Nous devons coopérer davantage et c’est notre travail, parce que nous menons cette guerre pour nous-mêmes", a ajouté M. Gilani.

"Les Américains sont un peu impatients. Par conséquent, à l’avenir, je pense que nous aurons une meilleure coopération du côté du renseignement et nous ferons le travail nous-mêmes", a poursuivi le Premier ministre pakistanais.

Yousuf Raza Gilani doit aussi rencontrer les candidats à la Maison Blanche, Barack Obama et John McCain. Le candidat démocrate Barack Obama, qui était en Afghanistan dix jours auparavant, s’était dit prêt à utiliser la force militaire de façon unilatérale si le gouvernement pakistanais n’agissait pas contre Al-Qaïda.

Première visite officielle

A l’issue de la rencontre avec le président américain George W. Bush à Washington, le Premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani n’avait pas manqué de rappeler son engagement dans la guerre contre “les extrémistes et les terroristes”.

Il s’agit de la première visite officielle du Premier ministre pakistanais aux Etats-Unis depuis sa nomination à la tête du gouvernement en mars. Lors des élections législatives, le camp du président Pervez Musharraf, allié de Bush dans la guerre contre le terrorisme, avait dû s’incliner. Depuis, les relations entre les deux pays sont tendues.

“Nous sommes résolus à combattre ces extrémistes et ces terroristes qui détruisent le monde et le rendent moins sûr, a déclaré Yousuf Raza Gilani. Cette guerre est la nôtre. C’est une guerre contre le Pakistan, et nous combattons pour notre propre cause”.

“Les Américains sont très inquiets au sujet du Pakistan. Ils ont été rassurés d’entendre des garanties [de la part de Gilani] ”, commente Philippe Gassot, le correspondant de FRANCE 24 à Washington.

La frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan est le point névralgique d’intenses combats entre Al-Qaïda, les insurgés taliban et la coalition menée par les Etats-Unis.

La zone frontalière du nord-ouest du Pakistan, considérée comme un refuge pour les terroristes, est un des principaux enjeux de la guerre en Afghanistan menée par la coalition. “Nous avons parlé d’un ennemi commun, ces extrémistes qui sont très dangereux ”, a indiqué Bush

“C’est important pour les Etats-Unis de maintenir ses relations avec le gouvernement pakistanais, qui est fragile. Sans l’aide pakistanaise, ce serait le chaos là-bas”, a réagi Philippe Gassot.

Le repaire d’Al-Qaïda

Quelques heures seulement avant la rencontre entre Bush et Gilani, le spécialiste des armes chimiques d’Al-Qaïda, Midhat Mursi al-Sayid Umar, a été tué par un tir de missile dans les zones tribales du pays. Il aurait supervisé des camps d’entraînement terroristes en Afghanistan, et également formé l’homme aux chaussures piégées", Richard Reid, qui avait essayé de faire exploser un avion en décembre 2001.

Sa tête était mise à prix pour 5 millions de dollars américains (3,18 millions d’euros).

Plusieurs rumeurs avançaient que les forces de la coalition américaine, mécontentes de l’apparente incapacité du gouvernement pakistanais à contrôler la zone tribale, préparaient une attaque dans cette région.

Le gouvernement afghan insiste sur le fait que les services secrets pakistanais ont une part de responsabilité dans le soutien des éléments extrémistes basés dans les zones tribales frontalières. Plusieurs responsables afghans affirment que des insurgés taliban se sont regroupés dans ces zones après avoir été chassés d’Afghanistan.

Le tout puissant service militaire de renseignement, l’ISI, “a entraîné 3 000 terroristes, la plupart étrangers, aux techniques de sabotage“, selon les services secrets afghans, le NDS.

Ils accusent l’ISI de vouloir freiner, de cette façon, les activités des entreprises indiennes en charge de la reconstruction de l’Afghanistan.

Samedi, la veille de quitter Islamabad, lorsque Gilani a déclaré que l’ISI, considéré comme largement autonome dans son fonctionnement, serait placé directement sous la tutelle civile du ministère de l’Intérieur, la consternation s’est emparée de tout le pays.

“Personne n’ira dire que le gouvernement n’a pas le contrôle de son service de renseignement”, a indiqué Asif Ali Zardari, le leader du Parti du peuple pakistanais dans un journal pakistanais.

Dimanche, le gouvernement a effectivement dû battre en retraite, déclarant que cette annonce de Gilani avait été “mal interprétée“. Selon le journaliste et écrivain pakistanais Zahid Hussain, la situation ne change pas, il s’agit bien d’un "statu quo".

Des armes ou du beurre ?

Le Pakistan est le premier destinataire des aides du fonds de soutien à la coalition, alimentée par les Etats-Unis et mise en place afin de mettre en œuvre la politique dite "multilatérale" de lutte contre le terrorisme. Une semaine avant la visite de Gilani aux Etats-Unis, Bush a proposé de verser 230 millions de dollars de son programme de soutien à la lutte anti-terroriste pour aider le Pakistan à améliorer ses avions de combat de type F-16.

Mais cette décision a aussitôt suscité la polémique au Congrès, certains parlementaires pensant que ces avions de combat sont plus adaptés pour se battre avec les Indiens que pour s’attaquer aux insurgés taliban.

Lundi, George W. Bush a viré de bord. Il a proposé au Pakistan de “verser 115 millions de dollars d’aide alimentaire pendant deux ans", selon un porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino.


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