mercredi 18 octobre 2017

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La part d’Alcatel dans Thales peut-être bientôt vendue

Tim Hepher, Reuters

mardi 29 juillet 2008, sélectionné par Spyworld

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Le départ annoncé pour octobre du président d’Alcatel-Lucent, Serge Tchuruk , pourrait accélérer la sortie de l’équipementier de télécommunications du capital de Thales, estiment plusieurs spécialistes du dossier interrogés par Reuters.

Alcatel-Lucent détient à ce jour 20,8% du spécialiste de l’électronique de défense européen, un groupe dont la privatisation et l’émergence en tant qu’acteur multidomestique sont en grande partie le fruit des agissements du patron d’Alcatel-Lucent.

Alcatel a obtenu une participation dans le capital de Thales en 1998, date à laquelle l’Etat français, qui détient encore 27,1% des parts et une action préférentielle, a décidé de devenir minoritaire.

Cette participation a été obtenue de haute lutte avec la famille Lagardère, également désireuse de détenir des parts dans Thomson-CSF, appelé à devenir Thales.

En 2007, Alcatel transférait ses activités transport, sécurité et aéronautique à Thales, toujours sous l’oeil attentif de Serge Tchuruk, dans le cadre de son rapprochement annoncé quelques semaines plus tôt avec l’américain Lucent.

Le modèle économique de la nouvelle entité Alcatel-Lucent n’a guère séduit les marchés et l’entreprise a lancé plusieurs avertissements sur ses résultats depuis sa création fin 2006. En Bourse, le titre cède plus de 20% depuis le début de l’année et des spéculations sur une vente de la participation du groupe dans Thales, évaluée à quelque 1,5 milliard d’euros, ont régulièrement circulé sur les marchés.

Mardi, Hubert de Pesquidoux, directeur financier d’Alcatel-Lucent, a déclaré au cours d’une conférence de presse que son entreprise n’avait pas besoin de vendre sa participation pour financer son activité.

Les intermédiaires soulignent néanmoins que la démission de Serge Tchuruk dessine de nouvelles perspectives.

"Après cette démission, je crois qu’il n’y a pas de réel obstacle à la vente de cette participation. Je pense d’ailleurs que les événements vont s’accélérer dans les prochaines semaines", a déclaré Yan Derocles, analyste auprès d’Oddo Securities.

De son côté Dassault Aviation, dont la famille fondatrice est propriétaire d’un ticket de 5,2% dans le spécialiste de l’électronique de défense, a de nouveau démenti être acheteur.

FANTASME

"J’ai dit auparavant (qu’un tel scénario) relevait du fantasme, je le redis aujourd’hui", a indiqué un porte-parole du constructeur aéronautique. Charles Edelstenne, son P-DG, a souligné à plusieurs reprises ces derniers mois que la famille Dassault avait vocation à sortir du capital le moment venu.

Certains médias ont évoqué la piste d’un accord avec EADS, candidat malheureux à une approche informelle en 2005.

En mai, Louis Gallois, président exécutif du groupe européen d’aéronautique et de défense, répétait que l’achat d’une part dans Thales n’était pas d’actualité.

Si en tout état de cause, une manoeuvre semble bloquée tant que Serge Tchuruk est aux commandes d’Alcatel, des doutes se sont faits jour sur son influence face aux déboires accumulés par son entreprise.

"Tchuruk n’a livré aucun indice laissant penser qu’il souhaite vendre cette participation mais il n’est pas tout seul chez Alcatel", commentait une source industrielle la semaine dernière.

RÉSISTANCE

"Après le départ de Tchuruk, le conseil d’administration devrait examiner ses options et indiquer que la participation dans Thales ne correspond pas à la stratégie future du groupe", avance un stratège de BGC Partners.

EADS est un client majeur de Thales dans les systèmes informatiques aéronautiques mais les deux groupes sont concurrents dans la défense et développent chacun de leur côté un projet de drone (avion sans pilote).

EADS construit par ailleurs l’avion de combat Eurofighter tandis que Thales collabore au Rafale de Dassault.

Un rapprochement capitalistique entre Thales et EADS a toutes les chances d’être combattu par Denis Ranque, P-DG de Thales, lequel a défendu ces dernières années l’indépendance de la société.

Safran pourrait également se révéler comme un candidat potentiel. Thales et le motoriste ont envisagé de fusionner ces derniers mois mais cette éventualité a été écartée, notamment compte tenu des difficultés de Safran dans son activité de téléphonie mobile (Sagem) et de son exposition au dollar.

Dès lors, si elle n’intervient pas auprès d’un institutionnel en totalité, la cession possible de la participation d’Alcatel-Lucent sur le marché pourrait pénaliser l’évolution du titre Thales.

Une vente remettrait également en jeu l’avenir du pacte d’actionnaires noué au sein de la société.

Version française Matthias Blamont, édité par Jean-Michel Bélot


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