lundi 23 octobre 2017

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L’armée américaine change de tête

Philippe Gélie, le Figaro

vendredi 30 septembre 2005, sélectionné par Spyworld

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Le nouveau chef d’état-major devra engager le retrait militaire d’Irak

Malgré les différences de style et de silhouette, c’est un changement dans la continuité qui a été scellé hier matin par une brève cérémonie sur la base de Fort Myer, en Virginie. Le général de l’US Air Force Richard B. Myers, 63 ans, à la tête de l’armée américaine depuis quatre ans, a passé le témoin au général des marines Peter Pace, 59 ans, nouveau chef d’état-major interarmes. Ce fils d’immigrés italiens devient le 16e titulaire d’une fonction créée après la Seconde Guerre mondiale et inaugurée en 1949 par le général Omar Bradley.

Malgré sa haute taille, rare chez un ancien pilote de chasse au Vietnam (1,96 m), Richard Myers avait réussi à ne pas faire d’ombre au secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, personnage rugueux et têtu à l’ego chatouilleux. « Rumsfeld est fougueux, irrévérencieux, volubile ; Myers est raide, respectueux, décoratif », résumait récemment le chroniqueur du Washington Post David Ignatius. Avec Peter Pace, lui-même dans l’ombre de Myers, comme chef d’état-major adjoint, depuis quatre ans, la distribution des rôles ne devrait pas changer. Cela inquiète certains hauts gradés, pour qui les civils du Pentagone ont pris un ascendant indu sur les militaires. « Le chef d’état-major doit protéger ses prérogatives, il ne doit pas laisser les questions militaires glisser entre les mains du ministre et de son staff, expliquait le général (CR) Anthony Zinni en mai dernier. Nous sommes engagés dans une guerre où (Rumsfeld) a pris des décisions sur la force des troupes et la planification de l’après-guerre et ça n’a pas très bien réussi, à tout le moins. »

Richard Myers était le premier aviateur au sommet de la hiérarchie militaire depuis vingt ans. Il restera comme le seul chef d’état-major à avoir dirigé deux guerres, en Afghanistan et en Irak. Sous des dehors rigides, il était saxophoniste à ses heures et pilotait le week-end une Harley-Davidson. Mais, dans les couloirs du Pentagone, on le qualifiait souvent de « lèche-bottes ». « Je n’ai pas besoin de la réponse du général Myers, dit un jour le sénateur John McCain à Rumsfeld. Je sais qu’elle sera exactement identique à la vôtre. » Ses partisans assurent qu’il s’était dressé contre son ministre en plusieurs occasions, notamment pour imposer de nouvelles règles d’interrogatoire après les scandales de Guantanamo et d’Abou Ghraïb.

Peter Pace a beau venir du corps des marines, il est réputé encore plus politique que Myers. Sa carrière l’a conduit de l’Académie navale au Vietnam, à la Somalie, au Japon et en Corée, après un détour par Harvard. Titulaire d’une maîtrise d’administration des affaires (MBA), cet enfant de Brooklyn est ainsi qualifié dans le livre d’or de son lycée : « Commandement, modestie, fiabilité, caractère. » Il est le premier marine à devenir chef d’état-major interarmes. Son adjoint est l’amiral Edmund Giambastiani, 56 ans, un spécialiste de la transformation de l’armée par la high-tech, une marotte de Rumsfeld. A 73 ans, le secrétaire à la Défense s’entoure ainsi de fidèles, lui dont les experts prédisaient qu’il n’irait pas au bout du second mandat présidentiel.

Le nouvel état-major n’aborde pas une tâche de tout repos. Alors que les pressions de l’opinion et de la classe politique se font de plus en plus insistantes en faveur d’un retrait des troupes d’Irak, le Pentagone vient de réviser à la baisse son estimation de l’état de préparation des troupes irakiennes : un seul bataillon d’environ 600 soldats serait capable d’affronter la guérilla par lui-même, contre trois en juin dernier. Pourtant, le général George Casey, commandant des opérations en Irak, estime qu’une amorce de retrait graduel est toujours possible l’an prochain.

La nouvelle équipe doit se projeter dans l’avenir en publiant sous peu la Revue de défense quadriennale, un document fondamental exigé tous les quatre ans par le Congrès pour définir les orientations stratégiques de l’armée. Le Pentagone pourrait à cette occasion abandonner l’exigence minimale acceptée depuis des décennies : sa capacité de livrer deux guerres majeures en même temps sur deux fronts différents. La nouvelle doctrine mettrait davantage l’accent sur la lutte antiterroriste et la défense du territoire, avec moins d’avions mais plus d’unités légères et mobiles, aptes aux opérations spéciales. Accessoirement, la « doctrine Powell », du commandant de la première guerre du Golfe, passerait à la trappe : elle recommandait « une force écrasante, un objectif clair et des stratégies de sortie. »

Complément :
- Libérée, la journaliste du « New York Times » parle


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