lundi 11 décembre 2017

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L’Amérique sort de ses placards de drôles d’espions

Jean-Louis Turlin, le Figaro

samedi 23 août 2008, sélectionné par Spyworld

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L’OSS, ancêtre de la CIA, utilisait un vaste réseau d’agents secrets pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Archives nationales révèlent des noms surprenants.

S’il est une figure que les télé­spectateurs américains n’auraient jamais imaginée dans le rôle d’un espion, c’est bien Julia Child, la grande dame tant par sa taille que par sa personnalité qui a fait découvrir la gastronomie française à ses compatriotes. Auteur de nombreux livres de cuisine, Julia s’est fait connaître du grand public par ses émissions qui ont occupé le petit écran depuis sa première série lancée en 1963, « The French Chef », jusqu’à quelques années avant sa mort, en 2004, à l’âge de 92 ans (en 2000, la France l’avait décorée de la Légion d’honneur).

Mais l’Amérique n’a jamais rien su des activités de Julia Child pendant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à vendredi. Les Archives nationales américaines ont en effet rendu publics quelque 35 000 dossiers personnels classés top secret, parmi 750 000 documents relatifs au réseau d’espions de l’OSS (Office of Strategic Services), le premier bureau de renseignement créé par Franklin Roosevelt, en 1942, et qui donna naissance à la CIA (Central Intelligence Agency) en 1945.

D’autres noms sortis de l’ombre ont causé la surprise : ceux de John Hemingway, le fils de l’écrivain ; Kermit et Quentin Roosevelt, les fils et petit-fils de Theodore Roosevelt ; Arthur Schlesinger, qui fut l’ami et l’historien de John F. Kennedy ; ou encore Miles Copeland, le père de Stewart, le batteur du groupe The Police. Moins connus hors des États-Unis : Arthur Goldberg, qui devint juge à la Cour suprême ; l’acteur Sterling Hayden, qui joua dans le film The Godfather (Le Parrain) ; et le joueur de base-ball Moe Berg.

Le « père » de James Bond

« On avait dit à tous ces gens de ne jamais mentionner qu’ils faisaient partie de l’OSS », a indiqué à l’Associated Press Elizabeth McIntosh, une ancienne du réseau aujourd’hui âgée de 93 ans. Les « sans nom » partageaient la même obligation du secret : pendant plus de cinquante ans, Walter Mess n’a rien dit des opérations clandes­tines qu’il dirigeait en Pologne et en Afrique du Nord à celle qui est sa femme depuis soixante-deux ans (il en a lui-même 93).

L’autre grande surprise concerne l’ampleur de l’OSS, qui em­ployait près de 24 000 personnes. C’est presque deux fois plus que le nombre précédemment estimé (13 000).

Les historiens vont se jeter sur une nouvelle mine à laquelle ils attendaient d’avoir accès depuis que l’ancien patron de la CIA, William Casey, avait autorisé le transfert des dossiers de l’OSS aux Archives nationales en 1981.

Bizarrement, les États-Unis n’avaient pas de bureau de renseignement avant que le président Roosevelt n’en confie le projet au général William Donovan.

Cet ancien combattant de la Première Guerre mondiale, surnommé « Wild Bill », s’inspira des services secrets britanniques après avoir consulté plusieurs spécialistes, dont un certain Ian Fleming, le « père » de James Bond, « OSS 117 ».


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